Au fil des pages
Sommaire des 35 comptes rendus
Migrations & Tourismes - Colonisations & Mondialisations
P. Blanchard, N. Bancel, A. Boubeker, E. Deroo, ed., Frontières
d'Empire, du nord à l'est, Paris, La Découverte, 2008, 260
p.
Alternatives Sud, "Territoires, développement et mondialisation"
(dossier), Vol. 15, n°1, Paris, Syllepse, 2008, 198 p.
Thibault Martin, De la banquise au congélateur. Mondialisation et
culture au Nunavik, Québec, P. U. Laval, 2003, 196 p.
Tony Judt, Après Guerre. Une histoire de l'Europe depuis 1945,
Paris, Armand Colin, 2007, 1025 p.
Frédéric Durand, Timor: 1250-2005, 750 ans de cartographie
et de voyages, Bangkok-Toulouse, Irasec-Arkuiris, 2006, 520 p.
Ecarts d'identité, "Résister-Exister: nécessité
de la solidarité" (dossier), n°112, Vol. 1, Grenoble, 2008,
116 p.
Marie-Paule Eskénazi, Le tourisme autrement, Bruxelles,
Couleur Livres, 2008, 120 p.
Museum International, "Le patrimoine culturel des migrants"
(dossier), n°233-234, Paris, Unesco, 2007, 164 p.
Cultures & Sociétés, "Tourismes" (dossier), n°7, juillet 2008,
Paris, Téraèdre, 142 p.
En bref, à signaler, à lire...
Rodolphe Christin, Manuel de l'antitourisme, Paris, Ed.
Yago, 2008, 126 p.
Jean-Michel Hoerner, Géopolitique du tourisme, Paris, Armand Colin,
2008, 192 p.
Jean-Didier Urbain, Le voyage était presque parfait, Paris, Payot,
2008, 550 p.
Hommes & Migrations, "Histoire des immigrations, panorama régional"
(dossier), n°1273, mai-juin 2008, 230 p.
Thaïlande, the Natural Guide, Paris, Pages du Monde, 2008, 540
p.
Mexique-Guatemala, guide d'écotourisme solidaire, Paris, Echoway-ABM,
2008, 212 p.
L'Atlas des migrations, Paris, Le Monde-La Vie, Hors-Série, 2008-2009,
188 p.
Frédéric Durand, La décroissance: rejet ou projets?,
Paris, Ellipses, 2008, 228 p.
Altermondes, "Migrations: construire des ponts pas des murs"
(dossier), HS n°6, Paris, automne 2008, 50 p.
Ethnologie Française, "Mémoires plurielles, mémoires
en conflit" (dossier), n°3, Paris, Puf, juillet 2007, 180 p.
N. Visvanathan, L. Duggan, L. Nisonoff, N. Wiegersma, ed., The Women Gender
& Development Reader, Londres, Zed Books, 2007, 396 p.
Claude Liauzu, Histoire de l'anticolonialisme en France, Paris,
Armand Colin, 2007, 294 p.
Marie Lequin, Bruno Sarrasin, ed., Tourisme et territoires
forestiers, Québec, Presses de l'Uni. Québec, 2008, 252 p.
Betty Mindlin, Carnets sauvages. Chez les Surui du Rondônia,
Paris, Métailié, 2008, 345 p.
M. Gravari-Barbas, S. Guichard-Anguis, ed., Regards croisés sur le
patrimoine dans le monde à l'aube du XXIe siècle, Paris, PUPS,
2003, 945 p.
Shinji Yamashita, Bali and Beyond. Explorations in the Anthropology of Tourism,
New York, Berghahn Books, 2004, 175 p.
Bénédicte Manier, Quand les femmes auront disparu. L'élimination
des filles en Inde et en Asie, Paris, La Découverte, 2008, 202 p.
Jonathan Rigg, Southeast Asia. The Human Landscape of Modernization and Development,
Londres, Routledge, 2003, 384 p.
Flora Blanchon, ed., La question de l'art en Asie orientale, Paris, PUPS,
2008, 490 p.
Aris Ananta, Evi Nurvidya Arifin, ed., International Migration in Southeast
Asia, Singapour, ISEAS, 2004, 374 p.
Antoine Pécoud, Paul de Guchteneire, Migration without borders,
ed., Paris-New York, Unesco-Berghahn Books, 2007, 294 p.
Michel Naumann, M. N. Roy, un révolutionnaire indien et la
question de l'universel, Paris, L'Harmattan, 2006, 187 p.
Thomas Lines, Making Poverty. A History, Londres, Zed Books, 2008, 166
p.
William T. Vollmann, Pourquoi êtes-vous pauvres?, Arles, Actes
Sud, 2008, 415 p.
L. Berthelot, J. Corneloup, ed., Itinérance, du Tour aux détours,
L'Argentière la Bessée, Ed. du Fournel, 2008, 200 p.
Jiri Weil, La cathédrale de Strasbourg, et Alena Wagnerova, Que
peut bien faire un Tchèque en Alsace?, Strasbourg, Bf éd.,
2008, 104 p.
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Migrations & Tourismes - Colonisations & Mondialisations
P. Blanchard, N. Bancel, A. Boubeker, E. Deroo, ed., Frontière
d'Empire, du nord à l'est, Paris, La Découverte, 2008, 260
p.
Cet ouvrage collectif ouvre une nouvelle page d'histoire occultée, celle
des immigrations en provenance des Suds dans le nord et l'est de la France durant
près d'un siècle et demi. Le livre a été dirigé
par Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Ahmed Boubeker et Eric Derro et a rassemblé
plus d'une vingtaine de spécialistes de la colonisation et de l'immigration
issus de l'ensemble du champ des sciences humaines. Le découpage géographique
et les conflits politiques puis militaires ont fait que les soldats coloniaux
occupent ici une part importante de cet héritage historique mésestimé
sinon oublié. En cinq parties chronologiques, le passé resurgit
au fil des pages et des nombreuses illustrations - beaucoup inédites
et qui en disent plus long sur le regard porté sur l'autre que de longs
discours ou commentaires - qui défilent sous nos yeux et travaillent
nos mémoires si longtemps formatées par l'obsession du grand récit
national. Dès l'introduction, les maîtres d'oeuvre de l'ouvrage
reviennent sur le sens de cette longue "frontière d'empire"
qui a fait couler tant de sang - d'ici et d'ailleurs - pour sa seule défense:
c'était jadis un espace où il fallait empêcher les "invasions
barbares", allemandes notamment et nazies surtout; désormais l'amitié
franco-allemande étant devenue une heureuse réalité quotidienne,
les invasions étrangères ne sont plus du fait des tanks voisins
mais plutôt du naufrage des lointains, le "boche" d'aujourd'hui
est plus "basané" et semble avoir gagné en couleur ce
qu'il a perdu en respect... Images à l'appui, le livre insiste sur la
naissance et l'importance de la culture coloniale qui a irriguée pendant
un long XXe siècle d'espoirs et de drames la société française
incapable de gérer son héritage colonial et en particulier la
tragédie issue de la guerre d'Algérie, cette guerre sans nom mais
pourtant si réelle... Il y a les "zoos humains" - avec les
exemples retentissants de l'Exposition internationale de Roubaix en 1911 et
de l'Exposition agricole, industrielle et coloniale de Strasbourg en 1924 -
qui attirent des milliers de visiteurs partout en France (l'apogée de
cette théâtralisation de la grandeur impériale de la France
sera l'Exposition Coloniale de Paris en 1931, accueillant 33 millions de visiteurs!)...
Il y a aussi la fameuse "honte noire": la présence dès
1919 des troupes coloniales en Rhénanie va notamment répandre
durablement les stéréoptypes racistes des deux côtés
de la frontière, et devant ce renversement des valeurs - des Noirs, surnommés
les "hyènes noires", occupent territorialement et militairement
des Blancs! - les Français vont peu à peu retirer leurs troupes
coloniales, même si sur les cent mille soldats cantonnés sur la
rive gauche du Rhin seuls 20000 au plus sont des soldats coloniaux... Plus récemment
il y a les combats des sans-papiers ou l'histoire éphémère
et récente du camp de Sangatte (1999-2002). Mais, au final, on constate
que le mépris des immigrés des Suds a déjà une longue
et douloureuse histoire derrière lui.
Les auteurs s'attachent ici aussi à lever certains malentendus, par exemple
entre histoire et mémoire, à repenser le modèle d'intégration
à la française et dépasser l'immigration desdits peuples
sans histoires. Un autre regard donc. La première partie revient en images
et avec un beau texte de Pascal Blanchard sur le temps des colonies et des exhibitions
(1870-1914). La mode des "villages noirs", la vogue de la publicité
et de toutes formes de mises en scène de l'altérité radicale.
La seconde partie évoque le temps des soldats, avec la terrible période
1914-1920, celle durant laquelle "des milliers d'Africains, de Malgaches
et d'Indochinois désignés pour l'entretien des voies et l'acheminement
des vivres et des munitions, connaissent des pertes qu'aucun communiqué
officiel ne célèbre"... Spahis et tirailleurs meurent au
champ d'honneur sans les moindres honneurs, ou alors si timides et tardifs qu'ils
paraissent bien légers dans notre mémoire collective. Le tribut
de l'empire colonial a été considérable. Parmi 1,4 millions
de morts et 4 millions de blessés, les troupes coloniales ont payé
le prix fort: l'Afrique du Nord compte 47000 morts, l'Afrique noire 25000 hommes
tués ou disparus, Madagascar et l'Indochine respectivement 2471 et 1548
morts... Il y eut cependant aussi des échanges, comme au front ou dans
les tranchées de la Grande Guerre, "grande" d'abord par l'étendue
de ses souffrances partagées. Pour Pascal Blanchard, ces tranchées
"vont être le creuset de ce croisement des peuples où, entre
les bombardements, la boue et la mort, une humanité va naître,
loin du choc des 'races' que représente l'univers colonial". Les
photos ici montrées, notamment de la "force noire" en action,
témoignent de l'engagement total des populations issues de l'empire colonial.
Algériens, Sénégalais, Malgaches ou Indochinois (et tous
les autres, sans oublier ces non-coloniaux de l'Hexagone que sont les Chinois
et les Indiens, ainsi que les Noirs Américains) ont tous participé
et trimé au nom de l'effort de guerre et d'une certaine vision universaliste
de la démocratie occidentale. Une opération guerrière qui
se renouvelle en 1939-45... Des tirailleurs aux travailleurs il n'y a souvent
qu'un pas très vite franchi. Eric Deroo explique ainsi les effets de
la mobilisation de masse des Français qui a vidé, dès 1914,
les usines et les campagnes: "Près de trois cent mille travailleurs
sont recrutés aux colonies, sans compter la main d'oeuvre chinoise".
Les tirailleurs venus d'ailleurs seront aussi épaulés en quelque
sorte par ces milliers de travailleurs qu'on ne disaient pas encore étrangers
ou immigrés...
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Illustrations parues
dans Frontière d'Empire |
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En plus d'une immense boucherie, la Première Guerre mondiale aura été
un formidable moment de rencontres entre diverses cultures, langues, religions,
etc. A tel point d'ailleurs que les autorités s'en inquiètent
rapidement: des "marraines de guerre" apparaissent pour calmer les
réelles ou supposées ardeurs sexuelles des soldats coloniaux!
La "bonne société" de ce qu'il reste de la Belle Epoque
s'offusque de l'afflux brutal de ces hommes aux moeurs étranges autant
qu'étrangères. Un exemple: "A partir du 10 juin 1916, il
est interdit aux infirmières d'avoir des contacts, mêmes professionnels,
avec les Nord-Africains" rappelle Christian Benoît. Les "indigènes"
sont rapidement envoyés en permission dans des lieux spécialement
ouverts pour eux... mais rien n'y fait puisque nombre de femmes autochtones
s'éprennent avec passion de ces coloniaux. Attirance et répulsion,
c'est selon... L'altérité extrême était également
une expérience fabuleuse au cours de laquelle les tabous pouvaient tomber;
les soldats noirs américains découvrent par exemple sur le sol
français et autour des champs de bataille une ségrégation
nettement moins rude et organisée que dans leur pays... "D'une guerre
à l'autre", troisième partie qui traite de la période
de l'entre-deux guerres et de la guerre 39-45, voit s'ouvrir une période
d'importants flux migratoires désormais réguliers de travailleurs
étrangers, maghébins notamment. C'est aussi le début d'une
vague xénophobe à destination de ces nouveaux "indésirables".
Le mépris s'atténuera lorsque la France lourdement défaite
puis occupée se tournera à nouveau vers ses colonies pour en rechercher
ses soldats pour combattre à nouveau, pour libérer la Métropolole,
pour défiler le 22 novembre 1944 dans les rues de Strasbourg... Des destins
personnels, par exemple de certains résistants de la première
heure, ont été comme effacés de notre mémoire "nationale"
collective. Ainsi en est-il de la figure exemplaire du Guinéen Addi Bâ:
celui-ci "rassemble durant l'été 1940 une troupe armée
de quarante camarades dans les bois de Vittel. En mars 1943, il est un des créateurs
du premier maquis de l'est de la France. Arrêté, trois mois plus
tard, affreusement torturé, il se tait et sera passé par les armes
le 18 décembre à Epinal par les Allemands" nous précise
Maurice Rives. D'autres héros de cette trempe resteront anonymes pour
toujours tandis que d'autres - tel le Soudanais Jean-Marc Coulibaly, prisonnier
au Frontstalag 194 de Nancy, qui préfère se défenestrer
plutôt que de travailleur pour l'ennemi - risquent de tomber dans l'oubli.
La quatrième partie évoque le temps des travailleurs et des militants
qui s'étale de 1945 à 1974, date officielle de la fermeture des
frontières pour les travailleurs immigrés. Nicole Bancel rappelle
que cette période des "Trente Glorieuses" s'est édifiée
avec le concours des immigrations des Suds, en particulier avec l'aide des ouvriers
maghrébins sans oublier l'importance des apports associatifs, culturels,
artistiques - et le nombre croissant d'étudiants - qui arrivent de tous
les coins d'un empire colonial en totale déliquescence. Si la fin de
la guerre d'Indochine n'a pas vu d'afflux conséquent de réfugiés
asiatiques dans la région Nord ou Est, l'impact de la guerre d'Algérie,
son déroulement et ses fins qui n'en finissent pas, est considérable.
L'affontement entre FLN et le MNA retentit à Paris comme à Alger
et la répression va s'accentuant, hypothéquant un peu plus les
chances de s'en sortir - et de sortir d'Algérie - honorablement... Ce
temps est d'abord celui des "décolonisations" même si
le terme est sans doute trop excessif lorsqu'il s'agit des nouveaux pays de
l'ex-empire colonial, en particulier pour ce qui concerne les nations de l'Afrique
francophone... Le visage de la France commence doucement à changer pour
reprendre un coup de jeune à partir des tumultueuses années soixante.
C'est aussi l'heure des comptes: rapatriés, réfugiés, guettos,
bidonvilles mais pas encore banlieues de l'islam, nouvelles immigrations, regroupements
familiaux... Travail toujours, mais aussi musiques, sports et études,
autant de façons d'exister sur une terre d'accueil à l'hospitalité
variable. "L'exception turque" est intéressante, surtout dans
le cas de l'Alsace: Asiatiques très occidentalisés, musulmans
plutôt laïcs, ces Turcs occupent une place à part dans les
réprensations mentales, quelque part entre les ex-colonisés de
la rive sud de la Méditerranée qu'on croit (souvent à tort)
bien connaître et les Orientaux beaucoup plus exotiques, entre proche
Asie centrale et lointain Extrême-Orient... . Pas étonnant qu'on
parle parfois des Turcs dans l'Est de la France en évoquant autant la
diaspora que "la" communauté, surtout que les communautés
turques et kurdes sont très diverses. Une spécificité qui
provient aussi d'une intense activité associative, d'un fort dynamisme
économique et de l'importance des réseaux dans la vie sociale
et quotidienne. La cinquième et dernière partie, dirigée
par Ahmed Boubeker, traite du temps des crises et des mutations (1974-2008).
Voici donc l'époque des doutes et des combats pour les droits, celle
aussi des désillusions et de la montée des extrêmes droites,
notamment dans ces régions frontalières où le repli gagne
sur l'ouverture. Les leçons de l'histoire devraient pourtant nous inciter
aux passages et aux brassages, de nouvelles lignes Maginot ne pourront demain
que retarder les inévitables avancées non pas de l'infanterie
ou des chars mais des idées novatrices et des rencontres essentielles
pour mieux appréhender le défi de la mondialisation actuelle.
Un authentique beau-livre qui permet de voir et de se souvenir en tentant de
mieux connaître et donc comprendre les enjeux passés, présents
et futurs des immigrations des Suds. De toutes les histoires de migrations aussi.
FM
Alternatives Sud, "Territoires, développement et mondialisation"
(dossier), Vol. 15, n°1, Paris, Syllepse, 2008, 198 p.
Ce numéro, coordonné par l'économiste Thierry Amougou,
traite de la mondialisation et de ses effets sur les territoires et le développement
dans les pays du Sud. Dès l'éditorial, Jean-Philippe Peemans donne
le ton et explique que la modernisation n'a pas tenu ses promesses dans ces
régions oubliées ou surexploitées. Il explore avec raison
"les dimensions d'une reterritorialisation des conditions du développement".
L'auteur fait bien de noter que "l'invention du local consiste, avant tout,
dans la maîtrise d'un nouvel espace"... Il s'agit aussi de redonner
une place plus importante aux micros-territoires et aux pratiques de résistance,
comme on peut le voir dans certains espaces ruraux dans les Suds. Peemans relève
également que, dans cette partie du monde, "la légitimation
ou la relégitimation de l'Etat passera par une capacité de mettre
en place des institutions d'appui à des chartes locales de développement,
permettant à la plus grande majorité possible d'associations citoyennes
et de collectivités locales d'élargir la sphère de leurs
droits économiques et sociaux, à travers la construction d'un
puissant secteur économique associatif, capable de faire contrepoids
au monopole du secteur privé d'accumulation". Thierry Amougou évoque
ensuite les interférences entre la territorialité politique -
au sein de laquelle l'Etat est acteur du développement tandis que l'espace
des politiques étatiques se retrouve dans la Nation - et la territorialité
économique, et l'auteur de suggérer une profonde redéfinition
des politiques de développement local, une nouvelle donne où "les
pratiques populaires constituent des contre-cultures du développement
pour le modèle dominant et ses centres". Les articles suivants sont
consacrés à l'Afrique et débattent des logiques territoriales
au Niger, de la production du coton au Bénin ou encore de la condition
paysanne au Kasaï (Congo). Dans ces cas, partout, le développement
local peine à sortir de la dépendance du passé, même
si, par exemple, des "grappes villageoises viables et fonctionnelles"
restent plus à découvrir qu'à créer puisqu'elles
existent déjà de longue date. C'est là où précisément
le développement local ne doit pas se dissoudre dans le concept de gouvernance
- désormais fruit d'une mondialisation au moins aussi libérale
que politique - qui souvent noie les dynamiques villageoises dans les institutions
nationales ou internationales... Le "laisser-faire" du marché
global conduit fréquemment à plus (pouvoir) rien faire sur place!
Les trois derniers textes abordent la question territoriale en lien avec la
mondialisation à l'oeuvre en Amérique centrale avec des études
de cas sur Haïti, le Honduras et le Mexique. Pour la situation haïtienne
- où est ici analysée la stratégie des paysans de Belle-Fontaine
- le sociologue Fritz Dorvilier montre que "la stratégie de production
politique de territoire, en tant qu'acteur collectif, apparaît comme une
reprise du contrôle du processus sociopolitique par les paysans concernés,
ce processus ayant été privatisé par les élites
nationales ou internationales pendant environ deux siècles". Le
difficile sort réservé aux femmes, avec son lot de violence récurrente,
est au Honduras tout comme au Mexique (en l'occurrence à Tijuana, ville
frontalière avec les Etats-Unis), intrinsèquement lié aux
deux processus suivants découlant d'une mondialisation ultralibérale:
l'expansion de l'industrie maquiladora et la privatisation des espaces
urbains. Cette "nouvelle classe ouvrière féminine",
exploitable et corvéable à merci, a - de la Chine au Mexique en
passant par l'Inde ou les Philippines - montré ce dont une mondialisation
non ou mal maîtrisée était capable en termes de paupérisation
et de dégradation de la place des femmes au sein de ces sociétés
décrites comme tellement "dynamiques"... Ce volume est à
lire pour mieux saisir l'impasse de l'idéologie de la croissance et l'émergence
d'un mal-développement lié à l'élan marchand de
la mondialisation. FM
Thibault Martin, De la banquise au congélateur. Mondialisation
et culture au Nunavik, Québec, P. U. Laval, 2003, 196 p.
A l"heure où fin novembre 2008 le Groenland tend à se
libérer de la pesante tutelle historique danoise, où depuis 1999
les Inuit du Nunavut s'autogouvernent suite à un accord historique avec
le gouvernement canadien, l'auteur s'attache tout particulièrement à
évoquer ici la situation des Inuit du Nunavik qui - eux aussi - ces dernières
années cherchent également à obtenir un gouvernement autonome
dans leur vaste espace au nord du Québec. Mais au-delà des seuls
enjeux politiques en cours, Thibault Martin, professeur de sociologie à
l'université de Winnipeg au Canada, tente de mettre en lumière
avec un réel brio le processus d'hybridation actuellement à l'oeuvre
entre modernité et tradition dans cette partie du monde: Pour ce faire,
l'auteur revient sur l'évolution historique et sociale des Inuit du Nunavik
- "la terre où vivre" en inuktitut - au cours des cinquante
dernières années. L'originalité de ce travail réside
dans sa capacité à démontrer que les Inuit ont véritablement
réussi à s'émanciper de la dépendance et du colonialisme
en parvenant notamment à redéfinir une modernité qui leur
soit propre et singulière. C'est pourquoi l'auteur insiste à juste
titre sur le rôle central de l'hybridation dans la fabrique sociale. Il
évoque également la "glocalisation", ce processus qui
permet de survivre à la mondialisation. L'exemple de la chasse est particulièrement
éclairant: les autochtones ont réussi à continuer à
chasser car ils ont eu la clairvoyance de l'adapter à la fois à
leurs propres besoins et aux réalités économiques, qu'elles
soient locales ou globales. C'est de la sorte qu'ils ont pu moderniser la chasse
non pas en l'alignant sur la commercialisation et donc sur un libéralisme
peu soutenable mais en privilégiant la tradition culturelle et sociale
des Inuit, à savoir les liens communautaires ayant le partage des produits
de la chasse comme point de ralliement identitaire. Comme le montre le titre
de l'ouvrage "De la banquise au congélateur", Martin Thibault
donne le meilleur exemple de ce qu'on pourrait appeler un "collectivisme
raisonné" en analysant tout le sens du "congélateur
communautaire" qui occupe une place de choix dans chaque village inuit
du Nunavik. C'est avec pertinence que l'auteur explique que "pour sortir
de la dépendance, les régions marginalisées doivent définir
elles-mêmes leur développement, mais elles doivent aussi, pour
pouvoir survivre au sein d'un système global et ouvert, s'appuyer sur
les ressources globales, comme celles que l'Etat peut leur offrir". Au
fil des cinq chapitres qui composent ce volume, Thibault Martin évoque
d'abord l'histoire d'une dépendance et d'une dépossession, les
communautés concernées, puis, dans le chapitre suivant, il parle
des impacts du projet hydrolélectrique Grande-Baleine dans les territoires
autochtones de la Baie James. Dans les 3e et 4e chapitres sont abordées
les pratiques de chasse qui, loin de disparaître au Nunavik, restent un
important secteur de l'activité économique, tandis que le partage
du gibier continue localement à structurer les rapports sociaux. Le dernier
chapitre traite du mouvement coopératif inuit avec notamment une intéressante
réflexion sur la mise en marché des sculptures inuit. Ce mouvement
est vital car il se situe au coeur du processus de glocalisation "à
la fois parce que les coopératives ont largement contribué et
contribuent encore à façonner le développement économique
du Nunavik, mais aussi parce que l'esprit communautariste des coopératives
est à l'origine du mouvement d'émancipation politique des Inuit
du Nunavik".Au total, nous avons là un ouvrage passionnant dont
le propos ne devrait pas seulement intéresser les spécialistes
de la partie arctique du Canada mais tous ceux qui réfléchissent
et agissent en vue de repenser la mondialisation, tous ceux aussi qui voit dans
le métissage, la rencontre, et bien-sûr l'hybridation chère
à l'auteur car celle-ci devient le gage même du succès de
la glocalisation. L'ouvrage avait débuté avec l'évocation
du film Atarnajuat, de Zacharias Kunuk, cette oeuvre totalement inuit
où le propos ne verse pas dans la nostalgie mais décrit plutôt
- un peu à la manière de l'auteur dans ce livre - la capacité
d'adaptation des Inuit à la mondialisation. Il se clôt en présentant
les parcours de deux autres grands artistes, des sculpteurs du Nunavik, Levi
Qumaluq et Mattiusi Iyaituk, qui tous deux font la brillante démonstration
que tradition et modernité peuvent cohabiter en bonne intelligence, notamment
grâce à l'aide des coopératives mises en place par les autochtones
eux-mêmes. Le cas du Nunavik ici présenté peut être
intéressant à étudier pour de nombreux chercheurs, pour
des autochtones d'ailleurs surtout, afin d'initier des pistes dans d'autres
contrées du monde, pas uniquement dans le Grand Nord, mais aussi sans
doute dans les Suds lointains. Ajoutons encore la belle postface signée
Jean Malaurie qui vient conclure l'ouvrage par ses mots qui résume l'esprit
du livre: "survivre à la mondialisation est possible, encore faut-il
prendre la bonne direction"... Une lecture indispensable pour ceux qui
réfléchissent à des alternatives à la mondialisation
libérale en cours. FM
Tony Judt, Après Guerre. Une histoire de l'Europe
depuis 1945, Paris, Armand Colin, 2007, 1025 p.
Saluons cette suberbe somme historique qui se lit comme un roman. Elle s'apprécie
aussi par la vitalité du récit et la pertinence des idées
énoncées. L'histoire de l'après guerre, de cette Europe
d'après 1945 qui n'a cessé de se reconstruire puis de se contruire
comme entité propre, est fondamentale pour comprendre notre présent
et préparer l'avenir sur des bases plus solides. Le dernier paragraphe
de l'épilogue de cet ouvrage résume à lui seul l'ambition
de ce gigantesque et salutaire travail d'historien "impliqué",
dans la plus digne tradition d'un Marc Bloch par exemple: "Si, dans les
années à venirnous voulons nous rappeler pourquoi il a paru si
important de construire une sorte d'Europe sur les crématoires d'Auschwitz,
l'histoire seule peut nous aider. La nouvelle Europe, liée par les signes
et les symboles de son terrible passé, est une remarquable réalisation;
mais elle demeure à jamais hypothéquée à ce passé.
Si les Européens veulent conserver ce lien vital - pour que le passé
de l'Europe continue de donner à l'Europe présente un sens qui
vaille réprobation et un dessein moral -, il faudra l'enseigner
à nouveau à chaque relève des générations.
L'"Union Européenne" peut bien être une réponse
à l'histoire, elle ne saurair jamais en être le substitut"
(p. 963)... En mettant l'accent sur l'éducation et le caractère
fondamental de l'enseignement de l'histoire, l'auteur porte le doigt là
où cela fait mal. Les Européens ont depuis 1945 non seulement
perdu une bonne part du monde mais également terni pour certaines nations
leur image d'Epinal en matière de démocratie et autres messages
universels. Mais l'histoire est toujours en marche et, malgré ses lenteurs,
la construction européenne - initialement fondée sur la nouvelle
amitié franco-allemande - est là pour prouver que l'Europe a et
aura une carte à jouer sur la future scène géopolitique
du monde, quelque part entre les Etats-Unis et la Chine... L'ouvrage se décline
en quatre parties chronologiques assez logiques: 1) l'après-guerre (1945-1953),
2) Malaise dans la prospérité (1953-1971), 3) Récession
(1971-1989), et 4) Après la chute (1989-2005). Ce magistral travail nous
offre également le point de vue d'un historien anglais sur les rives
et les dérives d'un continent en quête d'union et de perpétuelle
entente cordiale. Tony Judt nous propose ainsi une lecture rafraîssante
loin des querelles de chapelle parfois obsolètes et même réactionnaires
de certains de nos historiens hexagonaux. Le retour sur la scène européenne
de la culture française dès la fin des années 1940 est
interprétée par l'auteur comme suit: "Malgré la détaite
écrasante de la France en 1940, l'humiliation de son assujettissement
sous quatre annéesd'occupation allemande, l'ambiguïté morale
(et pire) du régime de Vichy et du maréchal Pétain ainsi
que la fâcheuse subordination du pays aux Etats-Unis et à la Gtande-Bretagne
dans la diplomatie de l'après-guerre, la culture française fut
de nouveau au centre de l'attention internationale: les intellectuels français
acquirent une dimension internationale particulière en tant que porte-parole
de l'époque, tandis que la teneur des débats politiques français
illustrait la déchirure idéologique à l'échelle
du monde. Une fois de plus, et pour la dernière fois, Paris fut la capitale
de l'Europe" (p. 256). Un livre qui bouscule quelques tabous de l'histoire
et résume un demi-siècle de tensions, de conflits ou confrontations,
mais aussi de réconciliations à l'échelle européenne.
Un texte à la lecture très agréable qui permet d'aprendre,
de comprendre et finalement de mieux connaître cette Europe qui se cherche,
se trouve et se retrouve au fil du temps et de son espace qui s'élargit.
Une raison de plus de lire ce beau travail d'historien, aussi passionnant qu'accessible
à tous. FM
Frédéric Durand, Timor: 1250-2005, 750 ans de cartographie
et de voyages, Bangkok-Toulouse, Irasec-Arkuiris, 2006, 520 p.
L'auteur, géographe et auteur de nombreux ouvrages sur l'Asie du Sud-Est,
notamment sur l'Indonésie et le Timor (aujourd'hui Timor-Leste), nous
propose ici un ouvrage de très belle facture, avec des cartes et de nombreuses
illustrations à l'appui, pour nous parler de l'histoire riche et tumultueuse
de cette île de Timor, située dans l'est de l'archipel indonésien.
Rappelons que Timor est une île actuellement divisée en deux parties
distinctes: "la partie occidentale qui a été intégrée
aux Indes néerlandaises, puis en 1949 à la République d'Indonésie;
et la partie orientale (avec une enclave à l'est) qui a été
une colonie portugaise jusqu'en 1975, avant d'être annexée pendant
vingt-quatre ans à l'Indonésie, et devenir un Etat indépendant
en mai 2002 sous le nom de République Démocratique de Timor-Leste".
Fruit d'une longue recherche de terrain, cet ouvrage a également fait
l'objet d'une exposition en version portugaise à Dili, capitale de Timor-Leste,
en novembre 2005. Pas moins de 29 chapitres balisent cette magistrale étude
qui mêlent bien sûr cartographie et géographie - les deux
disciplines majeures chères à l'auteur - mais également
histoire, ethnographie ou géopolitique. Dans cete espace asiatique, avant
tout maritime, les "grands découvreurs" comme Magellan, ont
été précédés par les marchands chinois en
quête de bois (déjà) précieux du temps où
la flotte impériale couvrait les océans. Des découvreurs
et exploiteurs de la première heure, nous passons aux explorateurs des
siècles suivants, lorsque l'Europe des Lumières s'intéressent
aux merveilles du monde lointain tout en justifiant la poursuite de l'exploitation
des ressources et des autochtones qui peuplent ce sud lointain... L'épopée
du Bounty a lieu en cette date fatidique de1789 où le renversement d'un
monde n'annonce pas la fin d'un monde pour tous; les nouveaux explorateurs d'alors
portent les noms de Nicolas Baudin, Matthew Flinders, Louis-Claude de Freycinet
et Jules Dumont D'Urville. Plus tard, dès les années 1920, il
y aura les voiliers qui feront escale à Timor, dans le cadre de croisières
touristico-coloniales ou d'expéditions sportives. Navigateur-baroudeur
parmi les plus connus, Alain Gerbault passera lui aussi à Timor lors
de son tour du monde sur le Firecrest de 1923 à 1929. Mais dès
le 18e siècle, et plus encore les deux siècles suivants, l'île
de Timor attire les convoitises et se situe précisement au coeur de toutes
les tempêtes géopolitiques: elle fera les frais des rivalités
européennes et ensuite des conquêtes coloniales. La guerre dite
du Pacifique passera aussi par elle et, last but not least, le colonialisme
indonésien - dernier venu et sans doute le plus encombrant - toujours
en quête de nouvelles terres occupera tout le territoire timorais et brisera
dans la violence les élans d'autonomie de tout un peuple. Frédéric
Durand a retrouvé les archives - textes, cartes, récits, illustrations
- encore disponibles, les a exploitées et les présentent aux lecteurs
ici. La richesse iconographique est étonnante et très évocatrice
dans le domaine de nos réprésentation mentales de l'autre et de
l'ailleurs. L'auteur nous montre aussi l'importance politique et stratégique
de la cartographique au moment même - lors de la lutte anti-indonésienne
et de la résistance timoraise à la fin du XXe siècle -
où le territoire est menacé, envahi, brûlé ou (re)colonisé.
Il nous apprend par exemple que le président Xanana Gusmao a lui-même
dessiné certains cartes dans l'objectif de défendre et de légitimer
des territoires occupés, volés ou achetés... Une autre
particularité de cet ouvrage réside dans les nombreux extraits
de témoignages d'époque, avec des récits, des mémoires
et des documents inédits pour la première fois proposés
au public. Car ce livre ne s'adresse pas seulement aux initiés mais aussi
aux curieux de voyages, aux passionnés des récits d'explorateurs,
aux personnes tout simplement intéressées par l'histoire de cet
immense archipel indonésien qui doucement lève un coin du voile
de son passé il n'y pas si longtemps encore figé sous le poids
sanglant des militaires et de l'autoritarisme. Un livre d'une grande richesse
qui fait voyager le lecteur avec intelligence au coeur de l'histoire et de la
société timoraise. FM
Ecarts d'identité, "Résister-Exister:
nécessité de la solidarité" (dossier), n°112,
Vol. 1, Grenoble, 2008, 116 p.
Le présent dossier de cette belle et salutaire revue dirigée
par Abdellatif Chaouite traite de la résistance à l'injustice
et de l'existence de toutes ces minorités invisibles et/ou indésirables.
Miguel Benasayag parle de la résistance comme création tandis
que Gérard Noiriel s'attache à "défendre l'autonomie"
dans un contexte politique de plus en plus exécrable. On notera que les
derniers événements médiatiques - ceux de Tarnac tout particulièrement
où semble-t-il le gouvernement s'est conduit de manière absolument
lamentable en s'inventant des réseaux gaucho-terroristes imaginaires...
mais tellement pratiques lorsque sa politique répressive a besoin de
nouveaux bouc émissaires - n'encourage pas vraiment à l'optimisme
pour l'année 2009... Dans un intéressant entretien accordée
à la revue, Patrick Chamoiseau donne quelques pistes pour ne pas s'égarer
sur les champs de bataille des résistances à venir, il distingue
notamment le rebelle du guerrier: "Le rebelle essaye de transformer les
termes d'une domination" mais ce qui distingue selon lui le rebelle du
guerrier "c'est que le guerrier sait que le problème n'est pas de
renverser les termes d'une domination mais de faire en sorte que toute domination
soit désormais impossible et ne trouve plus d'oxygène. Une langue
qui domine une autre, on s'y oppose non pas en renversant celle qui domine et
en mettant à sa place celle qui était dominée mais en transmettant
à nos enfants, et à nous même si c'est possible, un imaginaire
multilingue qui nous rendrait amoureux, de manière aussi bien fantasmatique
que concrète, de toutes les langues du monde. Cela change tout".
Et l'écrivain de conclure son entretien sur l'importance de l'ouverture
culturelle: "Et sur l'imaginaire de la diversité, à ce moment
là, il n'y a aucun opposant, il n'y a pas de guerre à mener, il
n'y a que des victoires à mener". Décidemment, la planète
gagnerait beaucoup à écouter davantage les mots des écrivains
que de sans cesse subir les maux des politiciens et autres experts économico-géopolitiques...
Un numéro d'Ecarts d'identités qui nous met sur la bonne
voie de la résistance, un article d'ailleurs est consacré à
l'actualité de la pensée de Frantz Fanon, une résistance
fondée sur le refus du déterminisme historique et sur le partage
de la solidarité. Avouons que l'effort collectif à opérer
sera à la mesure de l'état dégradé avancé
d'une planète déboussolée... A lire donc pour comprendre
les enjeux cruciaux en cours. FM
Marie-Paule Eskénazi, Le tourisme autrement, Bruxelles,
Couleur Livres, 2008, 120 p.
Ce petit ouvrage - dont la photo de couverture montre un Papou surpris par le
passage d'un avion - sur le "tourisme autrement", Marie-Paule Eskénazi
synthétise l'ensemble de la réflexion actuelle autour de la critique
du tourisme dit de masse et des alternatives à l'oeuvre. L'auteure est
journaliste et co-fondatrice de l'asbl Tourisme autrement qui vise précisément
à sensibiliser l'opinion à un tourisme éthique et équitable
dans le cadre très officiel du développement durable. Le livre
a le grand mérite d'être un outil pour celles et ceux qui s'interroge
sur les chances et les réalités de faire du tourisme réellement
autrement. L'auteure est persuadée que voyager différemment n'est
pas plus difficile ou plus utopique que de commercer plus équitablement.
Dans ce sens, ce livre doit d'abord tomber dans les mains des jeunes et des
acteurs et associations investis dans le tourisme plus ou moins alternatif.
D'emblée, les objectifs sont aussi clairs qu'essentiels: " Informer
pour responsabiliser, informer pour que chacun 'sache' les conséquences
des actes qu'il pose en étant touriste. Pour refuser l'infantilisation
à laquelle conduit le tourisme standardisé, all inclusive. Pour
passer de spectateur du développement à acteur du développement
touristique. Pour éviter un 'nouvel usage occidental du monde' ".
Pour toutes ces raisons et d'autres encore, voici un livre, utile et facile
à lire, à mettre entre toutes les mains voyageuses, celles des
personnes soucieuses d'une authentique éducation au voyage, mais aussi
celles des touristes qui s'apprêtent à partir au plus tôt...
Pour - espérons- nous avec l'auteure - partir autrement. FM
Museum International, "Le patrimoine culturel des
migrants" (dossier), n°233-234, Paris, Unesco, 2007, 164 p.
Voici un numéro spécial sur les migrants qui entend, en priorité,
rendre compte du projet de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration
(CNHI) qui a ouvert ses portes en 2007 à Paris. C'est d'aillmeurs son
président, Jacques Toubon, qui ouvre le ban avec un texte sur la "genèse
politique de la Cité". Mais de la France au reste du monde, ce numéro
élargit le débat sur l'international en focalisant sa thématique
sur le patrimoine culturel des migrants. Isabelle Vinson précise dans
l'éditorial le point de départ de cette livraison de Museum
International mais aussi le constat sous forme interrogative: "la multiplication
des projets de musées sur le thème de la migration traduit-elle,
de la part des pouvoirs publics, le contournement de la question par le culturel
pour mieux l'ignorer politiquement ou est-elle le signe d'un renouvellement
prometteur des missions du musée en y intégrant le travail des
sciences sociales et historiques?" Vaste question à laquelle tenteront
de répondrent plusieurs spécialistes de l'histoire des migrations
et/ou des immigrations. Car fondamentalement, il s'agit d'emblée de ne
pas occulter cette évidence - pourtant si souvent niée ou sous-estimée
par les politiques - qu'une personne est d'abord émigrée avant
de devenir immigrée... Gérard Noiriel aura la tache de présenter
la place de l'historien dans cette "Cité" et d'analyser les
manières éventuelles de réconcilier histoire et mémoire
de l'immigration dans un contexte où la raison cède rapidement
le pas à la passion... L'historien appelle notamment à de nouvelles
collaborations entre les acteurs de la vie culturelle et les historiens, l'objectif
étant d'enrichir la mémoire de l'immigration mais aussi de l'ouvrir
avec intelligence au grand public. A ce sujet, Gérard Noiriel se dit
"persuadé qu'il est possible aujourd'hui de concevoir des projets
collectifs permettant de renouer avec la tradition critique du spectacle vivant,
en évitant de sombrer dans le folklore des cultures 'postcoloniales'
pour touristes en mal de sensations fortes". Catherine Wihtol de Wenden
discute pour sa part des liens entre immigration et droits culturels, en montrant
l'importance tant de la reconnaissance politique que de l'acceptation culturelle.
Elle montre d'emblée - spécificité toute européenne
- que "la prise en compte de l'immigration dans la construction de l'identité
nationale ne fait pas partie des imaginaires nationaux des pays européens,
ni de l'Union Européenne, à la différence des grands pays
d'immigration comme les Etats-Unis, le Canada ou l'Australie". Une base
de réflexion essentielle pour mieux comprendre les enjeux et plus encore
les errements actuels. D'autres textes évoquent ensuite les cultures
maghrébine et portugaise en France, et bien sûr les problématiques
propres à la mise en "vitrine" de l'immigration, avec l'évocation
des politiques muséographiques, de l'héritage du fameux musée
des Colonies, de la documentaion et de son exploitation, des évolutions
et des projets de la Cité, etc. Un numéro riche qui nous permet
de mieux comprendre le sens à donner à cette Cité nationale
de l'histoire de l'immigration et qui devrait intéresser tous ceux qui
s'interrogent sur le devenir culturel des migrants. FM
Cultures & Sociétés, « Tourismes » (dossier), n°7, juillet 2008,
Paris, Téraèdre, 142 p.
Le septième numéro de cette revue de sciences humaines a consacré son dossier à la thématique des "Tourismes". Ce dossier a été dirigé par Jean-Marie Furt et Franck Michel et on y retrouve certains auteurs qui ont publiés des textes dans L'Autre Voie. Voici le texte de présentation de ce dossier: "Avec près de 900 millions de visiteurs mondiaux en 2007, le tourisme a envahi une grande partie de la planète, il a aussi contribué à reléguer dans les marges sociales bon nombre de pays d'Afrique et d'ailleurs où les " non-partants ", candidats à un aller simple définitif, regardent passer ces étrangers venus chercher soleil, émotion, dépaysement… Cette industrie, fer de lance de la mondialisation, revendique la massification, mais aussi une approche différenciée des clientèles permettant à certains de s'offrir une part du monde et à d'autres de croire que certaines formes douces de tourisme et de voyage permettront de pénétrer l'autre, de s'imprégner de sa culture et même de contribuer à son bien-être et à l'amélioration de sa vie. C'est en effet toute l'ambiguïté d'une activité, autrefois élitiste, fondée sur la rencontre et le partage, qui a très certainement élargi l'horizon des habitants des pays riches tout en créant les conditions de sa destruction. Celle-ci, que d'aucuns pourraient souhaiter, n'empêche pas le voyage de toujours renaître de ses cendres, toujours plus loin, toujours plus original, accompagnant les soudaines fortunes et les renversements de la richesse du monde dans une valse sans fin où la consommation grandissante tue lentement toute alternative. Ce dossier " Tourismes " fait la part belle à l'Afrique, continent oublié, dénigré, maltraité, trop peu rentable aussi pour les investisseurs touristiques et autres clients voyageurs, tous angoissés à l'idée de se retrouver au cœur d'un coup d'Etat ou d'une guerre forcément tribale… Si l'Afrique de nos grands pères a vécu, son image reste comme ancrée dans les têtes des touristes-clients occidentaux, français surtout… Un univers impitoyable d'authenticité et de primitivité (lire les articles qui traitent des Pygmées ou des Maasaï)… Cela dit, la politique est passée par là, et c'est que la Françafrique, entre clientélisme, dépendance et paternalisme, n'invite pas vraiment à la découverte de l'Autre ! Par ailleurs, en Afrique comme ailleurs, la préservation de la nature à des fins touristiques prime trop souvent sur le respect des populations locales. C'est oublier un peu vite et pour des raisons également mercantiles, comme l'Occident prédateur sait si bien le faire, que les précieuses forêts vierges appartiennent au moins autant au patrimoine culturel que naturel de l'Humanité. Pourtant, la mondialisation touristique - et les promoteurs qui la guide - décide qu'un bien culturel sur le plan local (comme la forêt primaire en Amazonie, en Papouasie ou au Gabon, avec ses habitants et ses cultes respectifs) doit devenir, dans un souci de protection évidemment, voire de développement, un bien naturel universel… Pour éviter le pire en matière de " développement touristique ", il importe désormais, au Sud comme Nord, de mieux le comprendre pour mieux s'y préparer. Le réorienter aussi, pour mieux le contenir sinon le contrôler. Il s'agit enfin - et c'est pas gagné dans les universités françaises - d'aborder le tourisme comme un " fait social total " dans le sens dont l'entendait un Marcel Mauss. Il importe de réfléchir aux " tourismes " - le pluriel s'impose tant les formes et déformations en sont bigarrées - en bonne intelligence, ou tout au moins selon les critères retenus de la durabilité, ne serait-ce que pour éviter les dérives du voyage qui sont aujourd'hui à la source de formes de tourisme toujours plus prédatrices et marchandes, déstructurantes sinon destructrices, rarement respectueuses des milieux naturels et culturels visités. Même si le monde a beaucoup changé, on reste dans le questionnement esquissé il y a déjà trois décennies : le tourisme est-il un " passeport pour le développement " ou une nouvelle forme, certes pacifique mais sournoise, de colonisation ? Ou les deux... On le sait, le voyage est l'occasion de quitter le réel, ce dernier ressurgit au retour pour remettre le monde - son propre monde - en ordre. La sensation de perdre pied peut devenir une traversée infernale dans l'ailleurs qui se transforme en cauchemar, parfois pour soi (de la simple bouffée délirante à la maladie mentale grave) et souvent pour les autres (exploitation et abus de toute sorte). Le voyage est une mise en acte d'un fantasme ou encore un simulacre de l'altérité. Le voyageur part quelquefois en quête d'un parent imaginaire et revient au pays avec de réels troubles psychiatriques. Par exemple, la question de la mort est omniprésente et centrale, et l'Occidental mal préparé à l'affronter. Le voyage comme dérive entre deux rives ne peut se soustraire à sa valeur initiatique. On scrute finalement toujours l'imprévisible pour fuir le seul prévisible, c'est-à-dire la mort. " Voyager, c'est mourir un peu " dit l'adage. Finalement, tout voyage est une petite mort, plus ou moins gérable, inconsciemment vécue comme une préparation dans l'attente du dernier et long voyage… En attendant, c'est le tourisme mondial qui parfois accélère la mort des cultures et des peuples, à force de les fréquenter et de les folkloriser, même s'il peut - ici ou là - accorder à d'autres sociétés un sursis acceptable et bienvenu. Pour un temps donné seulement…". Voilà. Excellente complémentarité avec les articles publiés dans L'Autre Voie, très bonne lecture des divers textes qui jalonnent ce numéro de Cultures & Sociétés consacré aux "tourismes" dans le monde. FM
En bref, à signaler, à lire...
Rodolphe Christin, Manuel de l'antitourisme, Paris,
Ed. Yago, 2008, 126 p.
Un petit livre frais, bien écrit, qui nous appelle aussi à
revoir nos directions du voyage. L'auteur montre avec pertinence que si le voyage
est essentiellement une philosophie, le tourisme, lui, est d'abord relié
une histoire économique. Une histoire de sous donc. Et les dessous du
tourisme ne sont pas vraiment beau à voir... Car, comme le dit Christin,
le voyageur explore les lieux - les mêmes ou d'autres - que le touriste
exploite, directement ou non. Tandis que le "devoir de vacances" s'impose
dans la pensée dominante de la bougeotte comme une forme de "compensation
thérapeuthique". Voici donc un manuel qui, tel "l'appel de
la forêt" de J. London, est un appel à l'évasion sur
fond de saine créativité et d'aventure humaine. Très loin
du tourisme consumériste... A lire absolument pour voyager avec d'autres
yeux.
Jean-Michel Hoerner, Géopolitique du tourisme,
Paris, Armand Colin, 2008, 192 p.
Un panorama actuel des liens de plus en plus forts qui unissent, pour le
meilleur et souvent pour le pire, tourisme et géopolitique, notamment
dans les pays du Sud. Un ouvrage qui vient à point, à l'heure
où la géopolitique s'invite au coeur de l'industrie touristique,
à la fois par la violence mais aussi par un autre regard et des adaptations
aux nouvelles réalités d'un monde devenu incertain et incontrôlable...
Jean-Didier Urbain, Le voyage était presque parfait,
Paris, Payot, 2008, 550 p.
Une belle échappée dans les contrées où règnent
les mauvais souvenirs de vacances, et une analyse passionnante de nos voyages
"ratés". Actes manqués, certes, mais néanmoins
fabuleux, du moins pour certains... Car la mésaventure n'est-elle pas
justement ce qui donne le sel à l'aventure? L'auteur de Secrets de
voyage et de L'idiot du voyage dévoile ici les mystères
de ces échecs pourtant vécus un peu plus tard - via la magie du
voyage, de l'exotisme ou de la transformation - comme de superbes expériences.
A raconter, à partager, à enjoliver aussi...
Hommes & Migrations, "Histoire des immigrations,
panorama régional" (dossier), n°1273, mai-juin 2008, 230 p.
La revue de la Cité de Histoire de l'Immigration propose ici le premier
volet d'une grande étude nationale sur l'histoire et les mémoires
des immigrations en régions aux XIXe et XXe siècles. Neuf régions
sont ici passées au crible permettant aux lecteurs de mieux comprendre
les évolutions et les enjeux de ces immigrations toujours spécifiques
et ancrées au plus profond de notre histoire dite nationale.. Mieux connaître
l'histoire des immigrés c'est déjà un préalable
- bienvenu et plus encore indispensable - pour mieux reconnaître leur
place au sein de la société française, plutôt figée
ces derniers temps...
Thaïlande, the Natural Guide, Paris, Pages du
Monde, 2008, 540 p.
Après un premier guide sur Bali, au ton juste et très bien
reçu par le public, voici un nouveau guide - toujours sous la houlette
de Anne Gouyon - pour voyager "autrement", certes, mais surtout pour
essayer de voyager mieux, en sortant des clichés et autres sentiers battus
de la pensée exotique, et bien-sûr dans les respect des milieux
naturels et culturels visités. A empocher avant d'aller en Thaïlande!
Mexique-Guatemala, guide d'écotourisme solidaire, Paris, Echoway-ABM,
2008, 212 p.
Un autre guide des plus recommandables, il s'agit ici du premier guide écoutouristique
responsable, réalisée par l'équipe de l'association Echoway.
Ce premier guide est consacré au Mexique et au Guatemala. Un guide pas
comme les autres puisqu'il propose des pistes tout à fait originales
et inédites, loin des plages bétonnées, dans la plus pure
tradition du tourisme solidaire et parfois alternatif. A mentionner également,
les chapitres intitulés "Cartons rouge" qui mettent l'accent
sur les dysfonctionnements du tourisme afin d'informer, mais aussi de prévenir
plutôt que guérir... A découvrir!
L'Atlas des migrations, Paris, Le Monde-La
Vie, Hors-Série, 2008-2009, 188 p.
Voici un superbe hors-série qui fait le point sur toutes les migrations
passées et présentes. Retenons ces mots rédigés
dans l'introduction par Joseph Alfred Grinblat, qui toute sa vie a fait carrière
à l'ONU - on ne pourra donc pas l'accuser de gauchiste délirant!
- et qui vient rappeler que le phénomène migratoire ne va cesser
de s'amplifier dans les années à venir: "L'immigration, même
illégale, a globalement des retombées positives sur le développement
des pays d'accueil". Dans ce registre, la surdité de nos dirigeants
européens - Français en tête - est consternante, et même
irraisonable pour l'avenir d'une Europe qui a bien du mal à se trouver.
Et encore plus de mal, par conséquent, à comprendre ni même
entendre les voix d'ailleurs, surtout celles provenant au-delà du "mur"
méditerranéen...
Frédéric Durand, La décroissance:
rejet ou projets?, Paris, Ellipses, 2008, 228 p.
Dans cet ouvrage, le géographe Frédéric Durand explique
les origines, les idées et les combats du mouvement dit de la décroissance.
Un livre bienvenu qui permet - objectivement - de mieux comprendre cette décroissance,
souvent incomprise; un travail également important et accessible afin
d'en finir avec tous ceux qui continuent à présenter les partisans
de ce courant de pensée sans doute appelé prochainement à
se "développer" - au sein duquel se côtoient alternatifs,
écologistes, altermondialistes, etc. - comme étant des nostalgiques
de l'ère de la bougie... On en est évidemment plus du tout là!
Et par la force des choses - surtout en raison des malheurs qui s'abattent actuellement
sur notre planète dans le domaine de l'environnement - la décroissance
est porteuse de solutions et est peut-être aujourd'hui ce qu'il y a de
plus "moderne" au rayon idéologique des utopies politiques.
Un livre à consulter sans modération - et pour les enseignants
à conseiller aux étudiants - pour appréhender plus intelligement
et surtout plus raisonnablement les enjeux futurs d'une planète que l'on
sait en danger.
Altermondes, "Migrations: construire des ponts
pas des murs" (dossier), HS n°6, Paris, automne 2008, 50 p.
Ce salutaire hors-série de la revue Altermondes, consacré
aux migrations, démontrent que "migrer" reste un problème
en France comme dans l'ensemble de la Vieille Europe: l'arsenal de lois répressives
en tout genre ou encore la multiplication des centres de rétentions et
autres opérations de "retour" attestent de ce climat de fermeture,
de repli et même d"enfermement au coeur d'une Euroforteresse qui
fait peine à voir à l'heure où, ailleurs, des voix s'élèvent
vers plus d'ouvertures, plus de passerelles entre les mondes différents
mais toujours complémentaire. Le sous-titre du dossier est explicite:
"construire des ponts pas des murs". On en est hélas très
loin aujourd'hui... Et, adressons également ce message d'Eva Moralès
- une lettre destinée au Parlement européen et citée ici
par David Eloy à la fin de son éditorial - aux politiques d'ici
et d'ailleurs: "Vous ne pouvez pas faillir aujourd'hui dans vos 'politiques
d'intégration' comme vous avez échoué avec votre supposée
'mission civilisatrice' du temps des colonies". A méditer même
si l'actuel chemin emprunté depuis belle lurette par nos dirigeants mondiaux
ne semble pas intégrer les leçons du passé... A signaler
en 2009, un hors-série consacré aux "tourismes".
Ethnologie Française, "Mémoires plurielles,
mémoires en conflit" (dossier), n°3, Paris, Puf, juillet 2007,
180 p.
Ce numéro revient sur la notion de "mémoire", son
histoire depuis les années 1970 et sa brûlante actualité
sinon son instrumentalisation éhontée. Il analyse l'omniprésence
du passé par le biais plus de la mémoire vive que de l'histoire
apaisée. Différentes formes de présence du passé
sont ici passées en revue: les lieux de mémoire chers à
Pierre Nora, l'engouement sans précédent pour les commémorations,
le droit d'inventaire qui se frotte au devoir de mémoire, mais aussi
industries du souvenir et tourimes de la mémoire. Ce numéro vient
opportunémemnt rappeler que lorsque l'histoire riche de connaissances
perd la bataille médiatique au profit de la mémoire, plus émotive,
passionnelle mais surtout identitaire, il n'est pas sûr que nos contemporains
gagnent au change. La question du patrimoine historique et donc de la transmission
aux générations futures sont au coeur de la réflexion de
cet intéressant numéro de la revue Ethnologie Française.
En 2008, un autre numéro de la revue (EF, n°4, octobre 2008)
traite de "l'Europe et ses ethnologies", une manière - notamment
par le biais d'articles autour de la recherche et des musées en Europe
- d'évoquer à nouveau ce thème de la mémoire et
des héritages historiques.
N. Visvanathan, L. Duggan, L. Nisonoff, N. Wiegersma, ed.,
The Women Gender & Development Reader, Londres, Zed Books, 2007,
396 p.
Dans cet ouvrage collectif, les auteurs nous invitent à réévaluer
le rôle et la place des femmes dans les pays du tiers monde où,
trop longtemps, elles ont été reléguées à
des statuts inférieurs ou encore ignorées quant à leurs
capacités d'actrices politiques et sociales. Ce livre vient donc combler
une lacune, celle de la place première des femmes en société.
Le propos se focalise autour des relations entre les femmes et le développement
dans les Suds. On évoque tour à tour la question du travail féminin,
des familles, de la paysannerie, de la sexualité ou de l'environnement.
Pour chaque thème, et on trouvera ici nombre d'études de cas,
on voit aisément en quoi l'action des femmes est primordiale et peut,
demain, renverser la donne, notamment dans les pays des Suds, pour qu'un autre
développement puisse y prendre racine.
Claude Liauzu, Histoire de l'anticolonialisme en France,
Paris, Armand Colin, 2007, 294 p.
Voilà un livre dont le sujet est d'actualité puisque l'auteur revient
sur le passé colonial pour mieux comprendre le présent postcolonial.
En cette période où soudain d'aucuns semblent découvrir
les affres d'une république coloniale, Claude Liauzu expose une histoire
de l'anticolonialisme afin d'éviter les raccourcis si déplorables
dès lors que l'on évoque le passé. L'auteur revient jusqu'à
Las Casas, Montaigne, Rousseau pour identifier les sources de l'anticolonialisme.
Ce livre éclaire d'une lumière nouvelle des questions qui restent
terriblement d'actualité, d'autant plus que redécouvrir les anticolonialistes
d'hier contribue sans nul doute à mieux comprendre notre présent.
Ainsi que ce passé qui refuse toujours de passer... Un beau travail d'érudition
et une lecture indispensable nourrie de nombreux extraits de textes d'époque
qui permettent de relier ce passé au présent, mais aussi de relier
les combats d'antan à ceux d'aujourd'hui.
Marie Lequin, Bruno Sarrasin, ed., Tourisme et territoires
forestiers, Québec, Presses de l'Uni. Québec, 2008, 252 p.
La nature est devenu un terrain de jeux toujours plus prisé par
non seulement les aventuriers avertis mais également par les touristes
attirés par les activités de plein air et du bon air. L'intérêt
croissant du secteur touristique pour les forêts, image type d'une nature
encore sauvage ou (presque) inviolée, est à mettre en lien avec
l'engouement voire la fascination exprimée par nos contemporains pour
la nature et ses bienfaits, réels ou imaginaires. Ce livre traite de
la mise en valeur touristique - et surtout écotouristique - des forêts.
Il expose diverses initiatives de développement durable, souvent à
travers une approche territoriale, appliquées au secteur touristique
en milieu forestier. D'intéressantes études de cas illustrent
la diversité des mises en tourisme des territoires forrestiers québécois
ou internationaux.
Betty Mindlin, Carnets sauvages. Chez les Surui du Rondônia,
Paris, Métailié, 2008, 345 p.
Ces "carnets" retracent le périple - véritable
épreuve d'anthropologie impliquée - de Betty Mindlin chez les
Surui du Rondônia au Brésil entre 1979 et 1983. Comme souvent,
un premier séjour a permis à l'auteure de "découvrir
un paradis". N'est-elle pas demandée régulièrement
en mariage? Ou protégée par un chaman affectueux? Un lent et long
processus permettra de s'immiscer dans l'intimité du groupe et des familles,
et de peu à peu comprendre l'essence même de cette société
encore isolée aux confis de la modernité brésilienne. Mais,
au fil des sept voyages parmi eux, Betty Mindlin vit aussi à l'heure
d'un monde traditionnel et jadis préservé qui s'écroule:
trafics de diamants, salariat, précarité, modernisation, conflits,
etc. Ce livre est une promenade ethnologique au couer d'une société
amérindienne en sursis, une occasion de découvrir en bonne littérature
un paradis perdu sous la plume d'une ethnologue qui présente cette société
avec rigueur et passion. Un formidable éloge de la diversité.
M. Gravari-Barbas, S. Guichard-Anguis, ed., Regards croisés
sur le patrimoine dans le monde à l'aube du XXIe siècle, Paris,
PUPS, 2003, 945 p.
Un gros ouvrage collectif pour proposer divers "regards croisés"
sur l'actualité du patrimoine dans le monde. Nous avons ici beaucoup
d'exemples asiatiques de mises en patrimoine plus ou moins réussies.
Le patrimoine, en tant que construction sociale de la modernité européenne,
a connu depuis trois décennies un essor et un élargissement importants.
Avec des espoirs, des opportunités, des écueils également.
Le patrimoine devient un label, une stratégie, une image, une icône
même, un prétexte parfois. Il devient facilement une référence
intouchable et trop souvent interdit même toute critique à son
égard! Ce livre, dense et riche, réalisé avec le concours
de l'Unesco, rassemble de nombreux chercheurs issus de différentes disciplines,
pour évoquer essentiellement les pratiques et les réalités
des patrimoines hors du contexte européen. Il s'agit là d'un outil
tout-à-fait indispensable pour tous ceux qui travaillent, ici comme ailleurs,
sur le patrimoine culturel dans le monde, afin d'en appréhender ses effets,
ses conséquences, ainsi que ses louables initiatives suscités
dans diverses sociétés ou régions du monde.
Shinji Yamashita, Bali and Beyond. Explorations in the Anthropology
of Tourism, New York, Berghahn Books, 2004, 175 p.
Cet ouvrage d'un anthropologue japonais évoque l'univers du tourisme
international sous l'angle des sciences humaines, avec notamment les "explorations"
de plusieurs terrains en Asie du Sud-Est, notamment en Indonésie, avec
les cas de Bali, du pays Toraja, du territoire indépendant papou (Papouasie
Nouvelle-Guinée) ou encore d'un lieu touristique emblématique
au nord-est du Japon (Tôno). Un essai d'anthropologie du tourisme intéressant,
abordable, et qui a surtout le mérité de proposer un point du
vue non-occidental sur la rencontre touristique avec des lieux mythiques asiatiques.
A lire pour réorienter quelque peu notre regard exotique sur cet extrême
aileurs que représente à nos yeux l'Orient extrême.
Bénédicte Manier, Quand les femmes auront
disparu. L'élimination des filles en Inde et en Asie, Paris, La Découverte,
2008, 202 p.
Ce livre est un appel salutaire à la mobilisation contre l'élimination
des femmes en Asie. L'auteure rapelle que ces quinze dernières années,
le continent asiatique a vu ses femmes "manquantes" passer de 100
à 163 millions, essentiellement des petites filles qui n'ont pas pu naître,
ont été tuées à la naissance ou encore qu'on a laissé
mourir à petit feu... Fruit d'une longue enquête, cet ouvrage rend
compte de cette triste réalité, notamment en Inde, où l'auteure
décrit l'élimination organisée des petites filles, mais
aussi leur vente ou leur "partage", ou encore l'avortement forcé.
B. Manier met l'accent avec raison sur les graves conséquences que ce
déficit de femmes aura pour ces nations qu'on dit émergentes.
De terribles dysfonctionnements sociaux pourtant tellement prévisibles
pointent déjà à l'horizon... Un livre à lire impérativement
si l'on souhaite comprendre ce qui se trame en Asie, continent où se
jouera demain, bon gré mal gré, une partie de notre avenir à
tous.
Jonathan Rigg, Southeast Asia. The Human Landscape of Modernization
and Development, Londres, Routledge, 2003, 384 p.
Cet ouvrage de référence sur l'Asie du Sud-Est offre un panorama
complet sur l'état des populations et des sociétés en proie
à une évolution rapide, tant à propos de la modernité
que de la mondialisation. Les impacts récents sont ici répertoriés
et analysés, notamment sur les volets du développement, de l'environnements
et des divers aspects sociaux liés à la modernisation des sociétés
concernées. Les aspects économiques ne sont pas négligés
d'autant plus que la succession de "crises" frappe l'ensemble de la
région. Un livre fondamental pour ceux qui travaillent sur l'Asie du
Sud-Est.
Flora Blanchon, ed., La question de l'art en Asie orientale,
Paris, PUPS, 2008, 490 p.
Sous la direction de Flora Blanchon, ce volume de la collection "Asie"
traite particulièrement de la question de l'art en Asie orientale. L'évolution
de la notion d'art est analysée, d'abord à l'aune de l'histoire
des Occidentaux venus dans la région, puis des Japonais passés
maîtres dans l'adaptation des "beaux arts". Ce livre est l'histoire
d'un intéressant renversement de regard. Pour aborder la question de
l'art, sont ici convoqués les traités indiens, chinois et japonais,
qu'ils soient religieux, traditionnels, littéraires ou artistiques. La
figure de l'artiste, tout comme les expressions de la spiritualité ou
les intérêts commerciaux, sont également exposées;
surtout, l'originalité de ce volume est aussi de parler des réalités
actuelles en évoquant les parcours et les travaux de peintres de l'espace
asiatique confontés à l'épreuve de la mondialisation. Un
volume qui devrait combler tous les amoureux et passionnés de l'art asiatique
tout en permettant de mieux comprendre l'enracinement culturel dans lequel cet
art historiquement se définit.
Aris Ananta, Evi Nurvidya Arifin, ed., International Migration
in Southeast Asia, Singapour, ISEAS, 2004, 374 p.
La mobilité s'inscrit au coeur de la mondialisation et les migrations
humaines affectent l'ensemble des paramètres qui construisent le fait
social des nations établies. Cet ouvrage vient démontrer que si
le business est définitivement devenu une affaire ainsi qu'une réalité
"transnationales", la politique, elle, est encore largement d'ordre
nationale, enfermée dans des carcans qui resteignent la liberté
de circulation. Les flux de capitaux, mais aussi de travail et bien sûr
de marchandises, sont interreliés notent les auteurs, et dans une économie-monde
les humains seront contraints de suivre ces flux, avec ou contre l'avis des
Etats encore frileux à cette idée. Mais la mondialisation libérale
a beaucoup de travers et ce livre présente des études de cas en
Asie du Sud-Est avec son lot d'exploitation de main-d'oeuvre bon marché,
de vulnérabilités des travailleurs migrants, des politiques migratoires
en cours, des répressions des clandestins, etc. Partout, décidemment,
le marché des capitaux apparaît sous les traits d'un marché
de dupes aux humains migrants du travail mais d'abord forçats du nouvel
âge de la mondialisation capitaliste.
Antoine Pécoud, Paul de Guchteneire, Migration without
borders, ed., Paris-New York, Unesco-Berghahn Books, 2007, 294 p.
Les migrations internationales constituent désormais un enjeu majeur
pour les politiques nationales. Ce livre propose une large réflexion
à partir d'essais sur "la libre circulation des populations",
le sous-titre étant explicite: "Essays on the free movement of people".
Les besoins actuels de contrôler les populations migrantes n'ont pas d'avenir
proprement dit, et il s'agit de réfléchir à des alternatives
viables et vivables aussi. Nous avons ici un débat sur les "frontières
ouvertes" susceptibles d'apporter une approche nouvelle et inédite,
et surtout d'aborder la question épineuse mais essentielle à propos
du "droit à la mobilité pour tous". Un travail pour
méditer - et anticiper - sur le sens de nos mobilités futures.
Michel Naumann, M. N. Roy, un révolutionnaire indien
et la question de l'universel, Paris, L'Harmattan, 2006, 187 p.
Cette biographie bienvenue évoque l'itinéraire singulier
de l'un des hommes politiques indiens - avec Gandhi - les plus importants de
l'histoire contemporaine du sous-continent. Peu connu en Occident, où
son travail et parcours gagneraient à être étudiés
par tout le monde et surtout par les altermondialistes, M. N. Roy (1887-1954)
lutta âprement contre l'occupation anglaise en Inde, il sera précisément
un acteur social et politique des bouversements du XXe siècle: polyglotte
et grand voyageur, il a préparé la révolution indienne
de 1915 avant de fonder les partis socialistes et communistes au Mexique. Il
deviendra ensuite, de Berlin à Moscou, l'une des principales figures
de l'Internationale. Mais un tel tempérament, ancré dans un héritage
culturel indien, ne fait pas de lui un élément docile comme il
se devait en ces temps de radicalisation puis bientôt de glaciation du
bloc soviétique. Et Staline, déjà obsédé
par la traque de Trotski, le poursuivra; Roy reviendra alors en Inde où,
avant l'heure, il dépassera le communisme pour anticiper l'altermondialisme
aujourd'hui sur le devant de la scène anticapitaliste. Michel Naumann
propose ici un bel ouvrage dont la lecture montre qu'une autre voie n'est pas
qu'une vague utopie mais une nécessité lorsque le mauvais temps
politique domine notre quotidien. Une lecture d'une grande actualité,
très utile pour notre époque en panne de projet humaniste, et
pour les acteurs des alternatives.
Thomas Lines, Making Poverty. A History, Londres, Zed
Books, 2008, 166 p.
Un ouvrage clair et précis sur la question de la pauvreté,
notamment rurale, et sur les mécanismes des "politiques globales"
qui ont créé cet univers de paupérisation généralisé.
Le marché et ses travers sont analysés pour tenter de comprendre
le sort accordé au pays les plus pauvres de la planète. Le phénomène
d'engrenage auquel s'ajoute une situation sociale désespérée
ne font qu'empirer une donne globale où les pauvres ne peuvent devenir
que plus pauvres, sans oublier les classes moyennes qui, elles, descendent la
pente, s'appauvrissant toujours plus. Thomas Lines présente une analyse
macro-économique et des esquisses de solutions pour essayer de remédier,
tant bien que mal, aux crises présentes et futures.
William T. Vollmann, Pourquoi êtes-vous pauvres?,
Arles, Actes Sud, 2008, 415 p.
Voici un formidable livre-enquête où les héros malheureux
sont précisément les victimes de la pauvreté. Ces précaires
de plus en plus "invisibles" dans les statististiques et de plus en
plus "visibles" dans nos rues et sur nos trottoirs, absents des décisions
du monde mais tellement présents à nos côtés comme
sur les bas-côtés d'une société qui ne sait plus
comment se consumer. L'auteur est parti à la rencontre des desoeuvrés
du monde où misère et mondialisation se tiennent par la main:
Thaïlande, Yémen, Mexique, Bosnie, Japon, Russie, Vietnam, Afghanistan,
Irak, Chine, Colombie et Philippines... Un vaste périple mondial au coeur
même de la paupérisation globale en cours. Un travail d'anticipation
sur le monde qui semble hélas s'annoncer tous les jours davantage. Cet
ouvrage comptera beaucoup car il donne la parole à ceux qu'on méprise,
à ceux qu'on oublie, à ceux qu'on ne veut pas ou plus voir...
de peur sans doute aussi de trop leur ressembler un jour! Un livre à
lire pour comprendre que la pauvreté a aussi des visages, des noms et
des destins qu'il conviendrait de mieux comprendre pour un peu moins les occulter.
C'est un préalable à la reconquête de la dignité
de tous. Une lecture salutaire!
L. Berthelot, J. Corneloup, ed., Itinérance, du Tour
aux détours, L'Argentière la Bessée, Ed. du Fournel,
2008, 200 p.
Un ouvrage collectif particulièrement bienvenu qui porte sur le terme
"itinérance" des regards croisés. Une douzaine de chercheurs
débattent de ce qui lie et relie les concepts d'itinéraire et
d'errance. Paru dans la collection "Sportnature.org", les différents
auteurs de ce travail n'hésitent pas à s'aventurer au-delà
du sport, arpentant les univers du tourisme, des loisirs, du nomadisme, des
mobilités en général. Surtout, le livre explore de nouvelles
pistes de réflexion, souvent alternatives, en partant des réalités
de l'itinérance et de l'idée du voyage. Il discute notamment de
l'intérêt à inviter la décroissance afin de mieux
comprendre les enjeux - viables et vivables - que peuvent prendre demain les
formes, nouvelles et renouvelées, de l'itinérance. Une itinérance
à la fois active et positive, enrichissante et respectueuse, autant des
humains que de la nature. Un ouvrage qui devrait interésser tous ceux
qui travaillent - enseignants et professionnels - dans le domaine du sport,
de l'aventure, du tourisme et des loisirs.
Jiri Weil, La cathédrale de Strasbourg, et Alena
Wagnerova, Que peut bien faire un Tchèque en Alsace?, Strasbourg,
Bf éd., 2008, 104 p.
Ce petit ouvrage est d'une lecture bien fraîche sur l'histoire de
l'Alsace mais aussi sur celle de l'Europe centrale, voisine et si lointaine.
Il s'agit de la traduction d'un récit de l'écrivain thèque
Jiri Weill qui, en 1938 (au moment des accords de Munich et à la veille
de la guerre) entreprend un voyage en Alsace dans le but, officiellement, d'y
chercher des statues de son compatriote Brosch réalisées à
Ribeauvillé vers 1730. Mais d'une quête à l'autre, il n'y
a qu'un pas: le voyage devient plus politique et l'auteur compare la région
Alsace, fidèle à la France, à celle des Sudètes,
ces terres germanophones de Tchécoslovaquie alors attirées par
les sirènes nauséabondes du Reich nazi. Ce récit, drôle
et singulier, est ici joliment complété par un autre texte, de
Alena Wagnerova, écrivain tchèque également, et qui va
refaire ce chemin intiatique en 2004. Au-delà de la recherches des "preuves",
son reportage littéraire raconte le passé trouble de l'Alsace
face aux démons de l'histoire, mais elle retrouvera aussi les fameuses
statues de Ribeauvillé. Des statues dont les clichés photographiques
sont ici reproduits avec beaucoup de soin, avec en prime également une
postace composée de plusieurs textes de l'éditeur A. Peter et
des traducteurs A. Kubista et V. Fisera. Un livre qui sort de l'ombre non seulement
des statues oubliées mais aussi de beaux textes littéraires qui
évoquent les figures de Strasbourg et de l'Alsace sous la plume des voisins
centre-européens. A l'heure de l'élargissement de l'Union européenne,
voilà un bel exemple de rencontre, tout en sculpture et en littérature.