La Décroissance pour repenser le tourisme
par Philippe Bourdeau et Libéra Berthelot (Université de Grenoble, UMR PACTE CNRS)
Intentions, positions
Ce texte rend compte d'une étape d'un travail de " déconstruction
" du fait touristique à l'aide de la notion de Décroissance soutenable. A son
stade actuel, notre travail ne se réfère pas à une définition formelle de la
notion de Décroissance, mais repose plutôt sur sa dimension de slogan agissant
comme " mot-obus " (Ariès, 2005) ou " bombe sémantique " (Cheynet, 2008) mettant
en cause l'économisme, le croissancisme, et la marchandisation de la nature
et des rapports humains. La Décroissance est mobilisée ici non comme position
militante, mais comme grille de lecture permettant une ré-interrogation critique
des fondements, des évolutions, des discours et des débats qui prennent le fait
touristique pour objet. En effet, par une radicalisation d'exigences éthiques,
sociales, culturelles et environnementales, la perspective de la Décroissance
ne manque pas de renouveler et d'accentuer le débat sur le statut et les pratiques
du tourisme. Ce processus s'opère par une interpellation d'" évidences " constitutives
du fait touristique contemporain comme la mobilité, l'exotisme, le travail,
le loisir, la consommation, la publicité, la marchandisation, la technologie...
Mais il s'opère aussi par l'énonciation d'une utopie basée sur l'inversion des
codes dominants du tourisme : la proximité, le quotidien, l'autonomie culturelle,
la frugalité, l'autoproduction récréative, la réduction des dépenses, la lenteur
des déplacements et l'engagement dans le temps se voient ainsi attribuer a contrario
un sens et des valeurs positives. Dans le même temps, au delà de sa dimension
culturelle et privée, le tourisme est replacé dans un cadre politique local
et global par une remise en cause qui va des pratiques individuelles aux politiques
d'aménagement, de transport et de développement économique. Comme l'ont fait
avant nous d'autres chercheurs en sciences sociales (cf. bibliographie), il
s'agit donc de dépasser le consensus sociétal et scientifique dominant sur les
" bienfaits " du tourisme et sa " nature " supposée a-historique et apolitique.
Cette démarche (1) s'appuie en ce qui nous concerne sur des travaux antérieurs
sur la pensée critique du tourisme (Bourdeau, 2006), le post-tourisme (Bourdeau,
2007) et les itinérances récréatives (Berthelot et Corneloup, 2008). Elle cherche
à établir des relations entre des approches empiriques sectorielles (tourisme
de montagne, rapports ville-nature, itinérances…) et un essai de généralisation
plus spéculatif. A cet effet elle mobilise un corpus d'écrits au statut très
variable (ouvrages et articles scientifiques, essais et littérature de voyage,
presse professionnelle ou grand public). De même, elle renonce à un effet de
synthèse pour privilégier quelques orientations thématiques considérées comme
saillantes au regard d'un débat scientifique et citoyen à poursuivre.
1. La Décroissance : un potentiel pour dé-penser le tourisme
L'idée clé que nous retenons de la notion de Décroissance est la réfutation de l'économisme et du productivisme comme finalités des sociétés humaines, qui passe entre autres par réduction de l'appropriation - et de la capacité d'appropriation - directe, ou par l'intermédiaire de produits et services, des ressources naturelles, qu'il s'agisse de matières, d'énergies et d'espaces (2). Appliqué à l'univers du tourisme et de la récréation (loisirs sportifs, espaces récréatifs…), ce projet d'ordre physique et économique agit comme un puissant potentiel de questionnement et de mise en porte-à-faux des fondements structurels et du sens du fait touristique, que nous esquissons à titre d'hypothèse.
1.1. Le tourisme comme étendard de la société du travail
La première question majeure posée par le cadre critique de la Décroissance est celle du statut même de la récréation au sein d'une perspective qui cherche à " en finir avec la société du travail " (Ariès, 2005). En effet, même si la diffusion du tourisme et des loisirs a contribué à la relativisation des valeurs du travail (Viard, 2000 et 2006), ceux-ci restent profondément ancrés dans la culture du travail en fonctionnant à la fois comme rupture compensatoire et revitalisation de l'énergie productive. Le mot anglais " travel " aurait d'ailleurs la même origine étymologique que le mot " travail " (Urry, 2000). Dans le cadre de l'" industrie de la consolation " (Leclair, 2004) que constitue le tourisme, la notion de " vacance " se trouve de fait bien remplie dans la mesure où le modèle dominant véhiculé par les médias, la publicité et les opérateurs économiques tend à privilégier des comportements orientés vers un activisme forcené et une sur-consommation de ressources (énergie, eau, paysage…), de biens et de services (3). Mais du point de vue de la Décroissance, si le temps libre " ressemble de plus en plus à la journée de travail " (4), ce n'est pas seulement parce que les loisirs marchands restent fondamentalement du temps aliéné. C'est aussi parce que le loisir, le tourisme et le voyage apparaissent soumis à un utilitarisme qui se banalise. Les " terrains d'aventure " (payants et lointains) qui remplacent les terrains vagues des villes (gratuits et proches) sont non seulement inspirés des parcours d'entraînement militaires, mais sont aussi souvent utilisés à des fins éducatives et de training en tant que métaphore de la vie sociale et professionnelle. De même, les voyages de jeunesse qui se réfèrent à la mythologie du " grand départ " des routards des années 1960-1970 s'entendent désormais comme crédits reconnus par des formations supérieures, et comme références de curriculum vitae destinées à prouver l'esprit d'aventure des futurs cadres… De telles observations rejoignent le point de vue du situationnisme sur le tourisme et les loisirs, considérés comme " marchandise spectaculaire " par excellence. Pour Guy Debord, le non-travail qui sous-tend les loisirs ne constitue en rien une libération d'un monde façonné par le travail : l'humanisme de la marchandise qui s'empare des loisirs contribuerait au contraire à la prise en charge de la totalité de l'existence humaine par le " reniement achevé de l'homme " (Debord, 1967). On notera que loin d'être cantonnée à une minorité radicale, cette conception du tourisme est si communément admise qu'une radio grand public peut annoncer en toute banalité que " les forçats des vacances sont sur la route ", à propos des premiers embouteillages provoqués par les départs estivaux (5).
1.2. Le tourisme au cœur des mésusages de la mobilité
Dans un deuxième temps, il est possible de relever l'objectif de " relocalisation généralisée " (Ariès, 2005) auquel vise la Décroissance à partir du réinvestissement de l'espace et du temps par la lenteur. On constatera alors a contrario que le tourisme s'inscrit depuis deux siècles dans le cadre d'une idéologie " moderne " de rapport dominant à l'étendue, qui en fait un des principaux vecteurs de diffusion de valeurs et de pratiques de mobilité à l'échelle planétaire. A cet égard, la multiplication des déplacements récréatifs et l'éloignement des lieux fréquentés apparaissent comme des facteurs-clés de rentabilité symbolique sur fond de dévaluation globale des espaces de proximité - notamment urbains - comme " lieu de non-sens " (Piolle, 1993). Ce qui est en jeu dans ce processus c'est la relativisation, voire l'inversion, de ce qu'Abraham Moles appelle " la loi d'airain " de la proxémie, à savoir la primauté axiologique de l'" ici " et l'effet atténuateur de la distance sur la pratique et l'investissement de l'espace éloigné (Moles et Rohmer, 1998). A tel point qu'il est fréquent de constater que l'" ailleurs " peut désormais remplacer l'" ici " dans sa fonction identitaire (Equipe MIT, 2002). Pourtant, malgré l'ampleur et la diversité des phénomènes de déplacement de population concernés (tourisme, migrations), l'idée de mobilité généralisée reste largement un slogan (Allemand, 2004) au regard des processus de néo-sédentarité et de relégation d'ordre économique, social et culturel dont les " oubliés des vacances " (6) constituent une dimension emblématique. Cela n'empêche pas les " objecteurs de croissance " de récuser l'idéal de fluidité de circulation incarné par les élites cinétiques (Cresswell, 2004) en dénonçant le fait que " se déplacer est devenu une injonction " (7), et en annonçant comme horizon la " sortie de la civilisation de l'automobile " (Cheynet, 2008). Au-delà même de toute question d'impact environnemental et social, ils pointent les dérives d'une sur-mobilité qui leur semble vidée de sens, en l'interprétant comme une figure de fuite impossible de l'enfermement dans un monde clos, " une planète pleine et sans espace " selon la formule de Zigmunt Baumann (Baumann, 2000). Le tourisme jouerait donc un rôle de premier plan dans la diffusion d'une " junk mobility " (8) dont l'exemple le plus caractéristique est représenté par des pratiques commerciales consistant à offrir un trajet pour l'achat d'un autre produit ; citons par exemple : " un mobile Samsung acheté : un aller-retour à New-York offert " (Publicité Samsung 2007). Ce qui semble en jeu dans la contestation des mésusages (Ariès, 2007) de la mobilité, c'est d'abord une inversion de sens et de valeurs entre culture légitime et culture contestataire par rapport aux années 1960-1970. Dans une société alors dominée par la rigidité et la sédentarité, l'idéal de mobilité s'inscrivait dans un projet de démarcation ou de rupture notamment incarné par la figure du routard. Mais dans la société contemporaine qui s'empare de la mobilité comme instrument économique, projet de management et horizon idéologique de la mondialisation libérale, cette perspective se renverse. C'est ainsi qu'en réponse à l'affirmation selon laquelle " Dans un monde qui bouge, l'immobilisme est un désordre " (M. Lévy, PDG de Publicis) (9), les militants de la Décroissance revendiquent " Alors soyons le désordre !" (Casseurs de pub, 2004).
1.3. Le tourisme, secteur-clé de croissance pour le capitalisme de production culturelle
Face à la " décolonisation de l'imaginaire " (Cheynet, 2008) que
revendique la Décroissance vis-à-vis l'économisme et du consumérisme, le champ
du tourisme et des loisirs offre un terrain complexe car animé de manière exemplaire
par une tension permanente entre une logique d'autonomie culturelle (un sens
intrinsèque) et une logique d'hétéronomie économique (un sens qui découle de
finalités économiques). Mais la prééminence de cette dernière dans les discours
et politiques sur le tourisme paraît si forte qu'elle tend à occulter ses dimensions
géohistoriques et culturelles fondatrices. C'est pourquoi le poids majoritaire
occupé par le secteur non-marchand dans les pratiques récréatives et les hébergements
est considéré comme un handicap à surmonter, et non comme une richesse. De fait,
après avoir été longtemps négligé par les grands opérateurs et observateurs
économiques, le tourisme accède à une pleine reconnaissance de sa contribution
à l'affirmation d'un capitalisme de production culturelle (Rifkin, 2000) : première
activité commerciale d'exportation avant les hydrocarbures, l'automobile ou
l'armement, il représente selon l'Organisation mondiale du Tourisme 40 % du
commerce mondial des services et 12 % du PIB Mondial, soit environ 250 millions
d'emplois. Le tourisme fait donc figure de " moteur de croissance pour l'avenir
" (Frangialli, 2007) et constitue à ce titre un des domaines-clés d'application
de l'Accord général sur le commerce et les services (AGCS), même s'il fait d'ores
et déjà figure de secteur économique le plus libéralisé (Caire et Roullet-Caire,
2003). En France, les Assises nationales du tourisme de 2008 ne manquent pas
de reprendre ce leitmotiv avec pour slogan " le tourisme au cœur de notre croissance
" (10).
En écho à cette montée en puissance économique, on observe une dépendance de
plus en plus marquée du tourisme vis-à-vis d'opérateurs industriels mondialisés
(tours opérateurs, transporteurs aériens, chaînes hôtelières, parcs de loisirs,
sociétés de remontées mécaniques, promoteurs immobiliers…). Ce qui renforce
le risque de voir les pratiques et les lieux de voyage et de vacances transformés
en produits standardisés, " brandés " (11) et banalisés, dans lesquels l'expérience
vécue par les " consommateurs " paraît réduite, au-delà des poncifs, à un fort
conformisme comportemental et relationnel alors que le patrimoine naturel et
culturel local est dégradé, artificialisé, muséifié ou folklorisé. Bien sûr,
une telle hypothèse ne doit pas conduire à négliger ou nier les capacités de
prise d'autonomie des individus dans un cadre contraint, qui font partie des
compétences basiques du touriste (Ceriani et al., 2004). Et sur un registre
complémentaire, les sciences sociales (Urry, 2000 ; Viard, 2000 et 2006) ne
manquent pas de rappeler la participation déterminante du tourisme à la mutation
des valeurs et des modes de vie dans les pays " développés " : modifications
profondes du rapport au corps, aux autres, à la nature ; initiation à de nouveaux
comportements alimentaires, vestimentaires et sexuels ; apprentissage d'une
certaine autonomie vis-à-vis des contraintes productives, sociales et religieuses.
Mais ces acquis potentiels ne sont-ils pas désormais dépassés par une subordination
fonctionnelle à un marketing de plus en plus sophistiqué et à ses corollaires
: publicité, branding des espaces naturels et des pratiques ? De multiples observations
tendent ainsi à illustrer le fait que le tourisme est considéré par les opérateurs
et les experts comme un rituel consommatoire ayant perdu tout sens culturel
intrinsèque, dont l'animation reposerait de plus en plus sur un pilotage par
l'offre. Dès lors, l'imaginaire touristique tendrait à se réduire à un argumentaire
de vente : " persuadez vos clients indécis que les dunes sont l'opposé du stress
urbain, une cure d'apaisement psychologique : silence, lenteur des méharées
et lignes pures " (Revue professionnelle l'Echo touristique, 2006). Ceci
pendant que le " Droit au voyage " ne serait plus qu'un slogan commercial -
en l'occurrence celui du tour opérateur Marmara - évacuant toute idée d'émancipation
sociale et culturelle. C'est dans ce contexte que la question du sens du tourisme
et du voyage donne souvent l'impression de passer au second plan vis-à-vis du
rôle croissant de la technologie (matériel, orientation, transport, information
et communication…) dans l'expérience touristique. Pour illustrer ce phénomène,
on citera le hors-série du Monde " vivre en 2020 " (mars 2007), qui fait
l'impasse sur la dimension imaginaire et culturelle du voyage et offre du tourisme
une vision quasi-exclusivement technologique, en l'occurrence des voyages "
propres " grâce à l'innovation high-tech. Cette mutation va de pair avec la
banalisation d'une référence aux stations touristiques comme " usines à rêves
" (Organisation mondiale du tourisme, 2004). On retrouve alors la perspective
de l'industrie culturelle hollywoodienne de l'entertainment, mobilisée
par une conception des lieux touristiques non comme espaces publics à caractère
territorial, mais comme entreprises, voire même parcs de loisirs privés. Au-delà
des facilités de langage et de la volonté de légitimer le sérieux de l'activité
touristique en faisant référence à son caractère industriel, pourtant très discuté
(Dewailly, 2006 ; Bourdeau, 2007), ce processus conforte son rôle de porte-drapeau
d'une mondialisation ludique. La touristification généralisée annoncée par des
observateurs avertis (Urry 2000, Viard, 2006) prendrait ainsi des airs de "
disneylandisation " du monde (Brunet, 2006).
1.4. Le tourisme, vitrine des inégalités sociales et de l'asymétrie nord-sud
En poursuivant l'examen a priori du statut du tourisme au regard
des thèses de la Décroissance, la question des inégalités sociales et économiques
retient particulièrement l'attention. Dans un pays comme la France, 4 personnes
sur 10 ne partent pas en vacances chaque année, le taux de départ annuel des
cadres et professions intellectuelles supérieures (90 %) étant presque deux
fois plus élevé que celui des ouvriers (48 %). Et dans le cas des sports d'hiver
les inégalités sont encore plus fortes puisque moins d'un français sur 15 accède
aux stations de ski chaque année, et que parmi eux 2 à 3 % des skieurs " consomment
" 70 à 80 % des journées de ski. De telles disparités sont évidemment inscrites
dans l'histoire aristocratique et bourgeoise du tourisme, mais elles ont été
pondérées dans les années 1960-1980 par le projet - ou le mythe ? - du " tourisme
pour tous ". Celui-ci s'est traduit, politiques et mutations socio-économiques
à l'appui, par une diffusion effective de la pratique touristique, le taux moyen
de départ en vacances passant en France de moins de 40 % en 1965 à 62 % au début
des années 1990. Mais depuis une décennie ce processus ne semble plus d'actualité
: les opérateurs et destinations touristiques privilégient désormais une stratégie
de croissance en valeur (montée en gamme, augmentation des prix…) sur une croissance
en volume de fréquentation, ce qui accentue le caractère élitiste des pratiques
touristiques et l'effet de niche de clientèle qui en résulte. Dans le même mouvement,
la plupart des formes de tourisme social (colonies de vacances, classes de neige…)
se trouvent de fait exclues des sites touristiques, renforçant les phénomènes
de non-départ et les néo-sédentarités. Les inégalités d'accès au tourisme observées
dans les pays du Nord sont largement accentuées à l'échelle planétaire, puisque
selon l'Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) seulement 3,5 % de la population
mondiale, concentrée dans les pays " développés " a accès au tourisme. Ce constat
s'accompagne d'un bilan critique du tourisme dans les " Suds " aujourd'hui bien
documenté, même s'il ne constitue qu'une rubrique supplémentaire à l'inventaire
des formes de domination économique et symbolique exercée par le " Nord ". Si
ce thème constitue un sujet à part entière qui dépasse largement notre propos,
la littérature disponible permet de pointer quelques clés de lecture critique
des phénomènes en jeu (12) :
- des inégalités extrêmes dans le " droit " à la mobilité qui instaurent un
contraste brutal entre " le défoulement des nantis et le refoulement des démunis
" (Hillali, 2003) ;
- une double asymétrie entre d'une part la localisation de la demande et des
opérateurs au Nord et celle des destinations au Sud ; et d'autre part entre
un produit touristique " élastique " en amont (demande au Nord) et " rigide
" en aval (offre au Sud) ;
- une captation des profits financiers au profit des entreprises du Nord qui
valide l'adage " voyages au Sud, profits au Nord " (Hillali, 2003) ;
- une accentuation de l'endettement de nombreux pays pour la réalisation d'investissements
touristiques effectués au détriment d'autres secteurs économiques et sociaux
;
- une ségrégation dans l'accès aux espaces, aux ressources (eau, énergie…) et
aux services dédiés au tourisme ;
- un processus de désappropriation pratique et symbolique qui fonctionne par
acculturation et détournement d'usages, de valeur et de sens des lieux : à la
fin des années 1990, une série de publicités du voyagiste FRAM décline ainsi
l'affirmation selon laquelle " le monde est à tout le monde "… en l'occurrence
aux visiteurs occidentaux ;
- la reproduction d'images mysthifiantes (Cazes, 1976) et folklorisantes, qui
confinent au néo-colonialisme dans les postures et situations mises en scène
par la publicité touristique ;
- l'exploitation et la précarisation des personnels locaux, s'accompagnant d'exploitation
sexuelle (Michel, 2006), et même parfois de déplacements forcés de population
pour la réalisation d'opérations d'aménagement touristique ;
- la très forte compatibilité du tourisme avec des régimes politiques autoritaires
ou totalitaires.
A bien des égards, ce bilan lapidaire érige de nombreuses destinations
en " nouvelles colonies de vacances " (Cazes, 1992) des pays les plus riches,
au point de susciter régulièrement des campagnes de mobilisation citoyennes
sur le thème " les vacances des uns font le malheur des autres " (13). Cette
lecture " à charge " a pour pendant l'instrumentalisation idéologique mise en
oeuvre par l'Organisation mondiale du tourisme, pour laquelle le tourisme incarne
une " libéralisation à visage humain " (14) référée pêle-mêle au cycle de Doa
de l'AGCS, au objectifs du Millénaire pour le développement de l'ONU, et aux
principes du développement durable : " Nous, membres de l'O.M.T. (…), marquons
notre volonté de promouvoir un ordre touristique mondial (…) dans un contexte
d'économie internationale ouverte et libéralisée " (15). C'est notamment dans
ce cadre que l'OMT s'est engagée dans une série de campagnes de réhabilitation
du tourisme comme " source d'enrichissement " (2003, 2006) et vecteur de " lutte
contre la pauvreté " (2004). Le tourisme y est mis en exergue comme générateur
de nouveaux revenus, d'amélioration des conditions sociales, de stimulation
d'esprit d'entreprise, d'encouragement de l'égalité hommes-femmes, de transfert
de richesse, de technologie et de compétences, d'amélioration de services publics,
d'injection de revenus dans les communautés locales, de renforcement de l'identité
culturelle, de préservation du patrimoine, de diffusion des valeurs interculturelles,
particulièrement au bénéfice des pays les plus pauvres (OMT, 2006). Plus qu'un
simple enjeu de communication, c'est donc bien une confrontation idéologique
entre des visions divergentes du monde qui se joue autour du tourisme. Si les
inégalités d'accès au tourisme accentuent au Nord comme au Sud les contradictions
conduisant à sa mise en cause structurelle et fonctionnelle, la question environnementale
n'est pas en reste.
Ainsi, les travaux les plus récents sur l'analyse des émissions de gaz à effet
de serre dues aux déplacements du tourisme et de loisirs (16) relèvent que 5
% des touristes français contribuent à 50 % des émissions de GES dues aux déplacements
touristiques nationaux, les 10 % les plus actifs en émettant presque les deux
tiers. La même étude montre que les pratiques les plus émettrices sont clairement
associées aux destination lointaines et aux hébergements les plus confortables
(hôtels haut de gamme), ainsi qu'aux modes de transport les plus coûteux et
rapides (avion) qui caractérisent les comportements des catégories socioprofessionnelles
les plus favorisées : cadres, chefs d'entreprises et retraités de ces catégories.
Dans le cas du transport aérien, selon la même source, ce phénomène est encore
accentué en cas de voyage en première classe ou classe affaire, avec un bilan
d'émission de gaz à effet de serre 3 fois plus élevé qu'en classe économique.
Le tourisme constituerait ainsi une illustration caricaturale du processus par
lequel " les riches détruisent la planète " (Kempf, 2007). Sans lui consacrer
de développement spécifique, nous n'omettons donc pas tout à fait la question
de la prédation environnementale, qui apparaît comme une constante dans l'appareil
de pensée critique offert par la Décroissance, et peut être illustrée dans le
cas du tourisme par le thème de " la destruction ordinaire des littoraux en
temps de paix " (Homs, 2006).
2. Approche empirique : au-delà d'un jeu de miroirs classique entre " tourisme
" et " voyage ", une difficile mise en pratique
Après avoir énoncé les principales hypothèses d'une déstabilisation
des évidences du fait touristique à l'aide de cette notion, nous proposons d'examiner
les premiers résultats d'une enquête exploratoire sur les représentations et
pratiques de la relation entre tourisme et Décroissance. Cette première approche
cherche avant tout à saisir les discours sur les pratiques touristiques contemporaines
portés par des personnes sensibilisées à la notion de Décroissance (17). Nous
en proposons une mise en perspective considérant les discours recueillis en
tant qu'éléments révélateurs d'une critique du fait touristique, en privilégiant
comme grille d'analyse la distinction entre " touriste " et " voyageur " qui
en constitue un des résultats les plus saillants. En effet, à la question "
faites-vous une différence entre " voyageur " et " touriste ", 83% des répondants
ont répondu par l'affirmatif (18), et il est possible de constater une symétrie
quasi-parfaite entre les qualitatifs négatifs attribués aux " touristes " et
ceux nettement plus positifs attribués aux " voyageurs ". Ainsi, selon les résultats
obtenus :
1/ Alors que le touriste " consomme, profite, envahit et détruit " (42 %), le
voyageur " découvre, s'adapte, échange et respecte " (41%),
2/ Si le touriste est " suiveur et passif " (12,5%), le voyageur est " baroudeur
et actif " (18%),
3/ Le touriste est " égoïste, recherche son plaisir personnel, fait une découverte
superficielle " (19%) contrairement au voyageur chez qui il existe " un état
d'esprit, une éthique, des objectifs au voyage " (12,3%),
4/ Enfin si le voyageur aime et se permet de " prendre son temps " (9%), le
touriste est pour sa part " minuté " (8%).
Bien que ces oppositions semblent caricaturales, elles sont révélatrices
des critiques contemporaines du fait touristique, et s'inscrivent dans trois
des quatre hypothèses préalables déjà examinées. En effet, les deux premières
symétries " consomme, profite, envahit et détruit " versus " découvre, s'adapte,
échange et respecte " et " suiveur et passif " versus " baroudeur et actif "
correspondent à la critique de la dérive économiste et consumériste du tourisme
et des loisirs. La seconde symétrie " égoïste, recherche son plaisir personnel,
fait une découverte superficielle " versus " un état d'esprit, une éthique,
des objectifs au voyage " renvoie entre autres au tourisme comme vitrine des
inégalités sociales et de l'asymétrie nord-sud. Et enfin l'opposition " prendre
son temps " versus " minuté " coïncide avec une lecture du tourisme comme étendard
de la société du travail. Ainsi, seule l'hypothèse du tourisme au cœur des mésusages
de la mobilité ne transparaît pas dans les résultats de l'enquête. Ne pourrait-on
pas lire dans cette absence, l'impasse ou plutôt la peur d'une remise en question
trop profonde de la pratique touristique ? Comme le souligne Bertille Daragon:
" faire le deuil du déplacement n'est pas aisé, tant sont puissants les rêves
et les émotions rattachés à l'exploration du vaste monde " (19). Plus généralement,
ce constat souligne s'il en est besoin les contradictions entre les intentions
ou positions volontaristes et les pratiques concrètes. Même si l'action la plus
citée par les enquêtés pour parvenir à une décroissance touristique soutenable
est " une politique incitative, des aménagements ou des innovations pour développer
les mobilités douces ", et que la principale forme et pratique du tourisme et
de voyage qu'ils désignent comme étant à préserver est le " tourisme de proximité
", 66% d'entre eux partent en voyage ou vacances " plusieurs fois par an " et
utilisent de manière prédominante les moyens de déplacement motorisés (61% "
transport routier motorisé " et 26% " l'avion "). Pourtant, si la mobilité semble
absente de l'opposition explicitée entre " touriste " et " voyageur ", sa remise
en question est présente lorsque que l'on interroge " les formes et pratiques
de tourisme et de voyage à préserver " ou au contraire, celles " qui doivent
être freinées ou découragées " (20) :
- " Tourisme de proximité " (21,5%) et " voyager par des transports alternatifs
" (17%) sont respectivement les premier et troisième items sur quinze proposés
comme forme à préserver ;
- " Transport polluant et individuel " (18,9%) et " séjours lointains mais courts
" (18,2%) sont quant à eux en troisième et quatrième positions sur treize des
pratiques à décourager.
Ainsi, parler de " tourisme " en général et non plus de " touriste
" ou " pratiquant " pourrait permettre une mise à distance " nécessaire " pour
ne pas remettre en question directement sa propre pratique, tout en introduisant
la question de la mobilité dans le débat sur l'application de la décroissance
aux pratiques touristiques. Enfin, si l'on examine les formes attribuées par
les personnes enquêtées à un projet de décroissance touristique (21), il en
ressort le classement suivant :
1- " Voyager moins, mais mieux " (63,3 %)
2- " Echapper à la marchandisation des voyages " (56,5 %)
3- " Voyager autour de chez soi " (31,3 %)
4- " Voyager sans voiture " (30,6 %)
5- " Organiser soi-même ses vacances " (25,9 %)
6- " Echanger mais pas forcément payer " (23,1 %)
7- " Organiser ses vacances avec une structure militante " (22,4 %)
En laissant libre cours à l'imagination des personnes enquêtées
(22), on obtient pour les items au-dessus de 10% :
1- " Voyager, se déplacer via les mobilités douces " (33, 3%)
2- " Voyager, s'organiser, visiter avec des structures militantes " (13,1%)
3- " Pourquoi pas, mais pas d'idées concrètes " (10,1%)
4- " Recours à des hébergements alternatifs / échange de maison / chez l'habitant
" (10,1%)
Malgré ses limites, cette première enquête exploratoire illustre donc le fait que la représentation d'un projet de décroissance appliqué au tourisme passe bien par une remise en question de certains piliers fondateurs du fait touristique, tout en en soulignant logiquement les contradictions. Le tourisme étant par définition " un loisir impliquant migration " (Boyer, 1982), la question de la mobilité apparaît sans surprise comme la plus épineuse de ces contradictions pour le citoyen enclin à adopter des pratiques compatibles avec les options de la Décroissance. A cet égard comme à d'autres, l'opposition entre " touriste " et " voyageur " fait figure de constante dans la critique du tourisme massifié, et même souvent de trompe-l'œil dont les illusions ont déjà été discutées par de nombreux auteurs. Elle appelle donc de futures investigations réflexives et empiriques, qui ne pourront pas négliger les apports substantiels du travail réalisé depuis 20 ans sur les approches réformistes et alternatives du tourisme : écotourisme, tourisme durable, solidaire, responsable, éthique, équitable, indigène…
Conclusion. L'après-tourisme a commencé
" Voyagez tant que vous pouvez maintenant car le coût des voyages
en avion va devenir exorbitant ! (23) ". Ces propos d'un expert de l'Agence
Internationale de l'Energie rapportés en mars 2008 dans le journal Libération
illustrent bien les menaces et les dérives qui pèsent sur le secteur touristique.
Dans le même temps, les médias interrogent de plus en plus souvent les professionnels
du tourisme sur le thème " faut-il se priver de vacances pour épargner la planète
? " (24). Ce qui n'empêche pas l'Organisation Mondiale du Tourisme de maintenir
invariablement ses prévisions de croissance du tourisme international du début
des années 2000, qui annoncent un doublement du nombre de touristes d'ici 2020.
De même, la croissance effrénée des vols à bas coûts et leur proclamation comme
levier de politique publique permettant " l'augmentation du pouvoir d'achat
" (Beigbeder, 2007) ne semble guère cohérente par rapport aux mutations annoncées
par les observateurs et experts dans le double contexte du changement climatique
et de l'après-pétrole (Céron et Dubois, 2006). La contradiction apparaît donc
de plus en plus flagrante entre le sentiment d'incertitude et de crise qui pèse
sur le tourisme et l'apparente euphorie technique, économique, financière et
immobilière dans laquelle semble baigner ce secteur sur fond de " profitabilité
durable " (25) : aménagements pharaoniques (Dubaï, Macao, Bahamas, Suisse…),
préfiguration du tourisme spatial, fascination décomplexée des opérateurs touristiques
pour le créneau du tourisme de luxe… Alors que le tourisme s'est longtemps voulu
" hors champ " vis-à-vis des affres du monde de tous les jours avec ses conflits,
ses souffrances et ses injustices, cette posture paraît de plus en plus relever
du mythe, au sens de parole dépolitisée et soustraite à l'histoire (Barthes,
1957). A ce titre, l'u-chronie et l'utopie touristiques atteignent leurs limites,
ce que tendent à confirmer de multiples signaux convergents, ici et ailleurs,
qui témoignent de la rupture amorcée dans le statut du tourisme. Par souci de
concision, nous nous limitons à trois indicateurs majeurs de cette perte d'"
innocence " du tourisme :
- Les conflits sociaux se multiplient dans le champ touristique, comme le montre
la suite de grèves inaugurales recensées depuis le début des années 2000 : première
grève des employés de remontées mécaniques dans les stations de sports d'hiver
françaises (février 2004), suivie quelques mois plus tard (juin 2004) d'un conflit
social très médiatisé dans les palaces de la Côte d'Azur à l'occasion du Festival
de Cannes ; première grève des salariés d'offices de tourisme (septembre 2005)
; première manifestation des travailleurs saisonniers à Chamonix (mars 2006)
; première grève des salariés du siège du voyagiste FRAM (en 60 ans !) en mai
2008… On peut noter à ce sujet que le tourisme est devenu une nouvelle terre
de mission pour les organisations syndicales face à des problèmes récurrents
notamment liés au travail saisonnier : précarité, travail illégal, conditions
de logement, bas salaires…;
- Le sentiment anti-touriste se répand dans le monde entier. Confronté au slogan
" tourist go home " (26) lancé dans des villes européennes ou à la banalisation
des attentats et prises d'otages depuis la fin des années 1990 (Denécé et Meyer,
2006), le visiteur découvre avec embarras qu'il n'est plus nécessairement le
bienvenu partout et en tout temps ;
- La critique du tourisme fait figure de thème établi, et même si ses travaux
fondateurs (Burgelin, 1967 ; Laurent, 1973 ; Krippendorf, 1987) sont peu utilisés,
de nombreux auteurs et journalistes en alimentent la chronique, non seulement
sous l'angle réflexif ou militant (Cazes et Courade, 2004 ; L'Offensive,
2007), mais aussi sur le registre romanesque (Boëlle, 2003). Le registre le
plus répandu reste toutefois celui du marronnier médiatique saisonnier : " le
tourisme de masse des hôtels-clubs enferme l'homme dans des loisirs préfabriqués
" (Libération du 9/08/2006) ; " la planète malade du tourisme " (L'Express
du 26/07/2007) ; " le tourisme est-il biodégradable ? " (La Tribune du
13/02/2008)…
La crise du tourisme est globale (énergétique, climatique, démographique,
sécuritaire, sanitaire, identitaire), et n'est pas sans conséquences sur l'imaginaire
et les pratiques récréatives. A des degrés divers, le sentiment de responsabilité
- voire de culpabilité - qui se fait jour, ou la relance du caractère anxiogène
de l'altérité, se traduisent par des comportements de moins en moins anecdotiques
: évitement ou renoncement au tourisme en totalité ou sous certaines formes,
recherche de prétextes professionnels, militants ou humanitaires pour voyager
sans se sentir " touriste ", émergence de pratiques récréatives urbaines et
de proximité, relance de formes d'itinérance non-motorisées, migrations d'agrément
qui reposent sur le choix d'un lieu de vie en fonction de critères récréatifs
et non plus professionnels… Il est évidemment possible d'interpréter ces mutations
comme autant de manifestations d'un tourisme de crise qui frapperait en priorité
une fraction minoritaire des classes moyennes culpabilisées et inquiètes, tétanisées
dans une posture de " désistement " ou d'" absentéisme " vis-à-vis du consumérisme
touristique et de ses prédations. Mais il est aussi possible de le comprendre
comme l'amorce d'un processus de dépassement des impasses du tourisme, y compris
dans leurs déclinaisons " durables " cantonnées dans une position d'horizon
maximum de réforme possible dans le cadre du modèle dominant. " Moins d'infrastructures,
moins de vitesse, plus de liens conviviaux " : cette proposition de François
Schneider (27) montre qu'entre tourisme de décroissance et décroissance du tourisme,
un vaste champ est ouvert pour renouveler l'imaginaire de la relation " Ici
"-" Ailleurs ". Une telle perspective appelle un certain nombre de discussions
et de réflexions, sinon de précautions idéologiques et rhétoriques, dont les
observateurs comme les militants ne peuvent pas faire l'économie dans la mesure
où le tourisme s'avère au final être un sujet " sensible ", ce qui confirme
si besoin est sa dimension éminemment politique.
En effet, comme le rappellent ses animateurs, la Décroissance soutenable est
" une pensée sur la crête " qui doit se prémunir contre des dérives susceptibles
de faire sombrer la relocalisation de l'économie dans l'autarcie et le rejet
de l'universalisme (Ariès, 2005 ; Cheynet, 2008). Alors que l'approfondissement
d'une pensée critique du tourisme ne peut plus être un sujet tabou, il ne saurait
non plus être abandonné à une " touristophobie " ou à une " diabolisation de
l'ailleurs " dont la teneur élitiste et les risques de repli ont déjà été soulignés
par plusieurs auteurs (Urbain, 1998 ; Lévy 2004 ; Equipe MIT, 2002 ; Knafou
et Stock, 2003). Si le tournant critique dans la pensée du tourisme se doit
d'être sans concession, il gagne donc à s'emparer du projet émancipateur et
humaniste dont est porteuse malgré tout la culture touristique. Ce qui suppose
aussi de dépasser les contradictions portant sur le statut même du loisir dans
une société de Décroissance qui " relâcherait la contrainte du travail "… Des
travaux pionniers (Michel, 2003 et 2005 ; Christin, 2005 et 2008) esquissent
à cet égard des pistes prometteuses, qui convergent avec l'irruption latente
d'un néo-situationnisme dans la sphère du tourisme et des loisirs (Bourdeau,
2007). Car face aux enjeux d'autonomie et d'altérité culturelle qui animent
la sphère du tourisme et des loisirs, c'est plus que jamais la relation entre
récréation et re-création (28) qui semble féconde. A suivre.
|
Le tourisme vu par les objecteurs de croissance : fragments de discours Même s'il est peu mentionné en tant que tel par les théoriciens
de ce courant de pensée, les objecteurs de croissance ne sont pas en
reste dans la critique du tourisme, qu'ils cherchent à le mettre à nu
dans son essence en détournant une affiche publicitaire du Club Méd
: " CLUB Médical pour soigner une vie vide de sens " (Casseurs de pub,
2003), ou qu'ils s'en prennent à ses attributs les plus emblématiques
: " Ski : Démontons les stations " (La Décroissance, 2004) ou
" l'été sans bagnole " (La Décroissance, 2006). Les quelques
débats militants sur cette question que nous avons pu repérer sur l'Internet
en 2007 et 2008 oscillent le plus souvent entre des pistes d'abrogation
du tourisme (" regarder à sa porte ", " changer de lunettes pour redécouvrir
sa ville ", pratiquer " le voyage immobile en ramenant de la spiritualité
d'ailleurs ") (29) et la recherche de formes " intelligentes " de voyage
célébrant la communication interculturelle, la découverte et l'humanisme
(30). |
Notes
1. Elle s'inscrit aussi dans un cycle extensif de séminaires impliquant des chercheurs, des observateurs (journalistes), des militants, des ONG, des opérateurs touristiques et des citoyens afin de favoriser une hybridation des interrogations, des savoirs et des expériences. C'est aussi dans ce cadre qu'a été conduite en 2007 une enquête exploratoire sur les représentations et pratiques de la relation entre tourisme et décroissance.
2. Source : Association " Recherche et Décroissance ", www.degrowth.net.
3. Le poids de ce modèle de comportement peut cependant être relativisé dans la mesure où le repos constitue la principale activité de nombre de vacanciers.
4. Source : S. Gaschke, Die Zeit, cité par Courrier International, n°896, janvier 2008, p. 29.
5. France Inter, journal de 13 heures du 5 juillet 2008.
6. Thème d'une campagne du secours populaire français destinée à permettre le départ en vacances d'enfants défavorisés.
7. Source : collectif bordelais pour la Décroissance, www.forum.decroissance.info, consulté le 10/12/2007.
8. Cette " mobilité pourrie " se réfère à la notion de " junkspace " proposée par l'architecte Rem Koolhas, souvent cité par les penseurs de la Décroissance.
9. Le Monde, février 2004.
10. Source : www.assises-tourisme.fr, consulté le 10/07/2008.
11. De l'anglais " brand " qui signifie marquer (au double sens de transformer en marque commerciale et de marquer au fer).
12. Principales sources : Krippendorf (1987), Cazes (1992), Hillali (2003), Cazes et Courade (2004), Alternatives Sud (2006).
13. Exemple de la campagne n°56 de l'ONG française Agir ici : " Pour un tourisme responsable ", décembre 2001-mars 2002.
14. Source : www.unwto.org, consulté le 23/05/2006.
15. Source : Code mondial d'éthique du tourisme (1999), http://www.unwto.org/ethics/full_text/en/pdf/Codigo_Etico_Fran.pdf, consulté le 9 /07/2008.
16. Source : " Déplacements touristiques des Français : hyperconcentration des comportements les plus émetteurs de gaz à effet de serre ", La lettre de la Direction des études économiques et de l'évaluation environnementale, Hors-série 11, février 2008, Ministère de l'écologie, du développement et de l'aménagement durables.
17. Du fait de la taille de l'échantillon, 150 questionnaires traités comme du mode de diffusion qui a privilégié " l'effet boule de neige " notamment dans les réseaux militants et leur entourage. Ce qui explique qu'environ 80% des personnes interrogées affirment avoir une opinion " très favorable " ou plutôt favorable de la décroissance soutenable
18. Seulement 11, 5 % des répondants considèrent que si cette distinction existe, elle est élitiste voire purement intellectuelle.
19. Intervention au séminaire " tourisme et décroissance ", octobre 2007, MSH-Grenoble.
20. Ces questions étaient posées sous forme de questions ouvertes et ont été recodées en questions fermées à choix multiples.
21. La question posée était la suivante : " quelle est la formule qui résume le mieux un projet de décroissance touristique ", question fermée avec 8 items proposés.
22. La question ouverte posée était la suivante : " Dans votre pratique personnelle du voyage ou du tourisme, quelles solutions concrètes de décroissance, souhaitez-vous expérimentées ? ", elle a été recodée en question à choix multiples avec 15 modalités proposées.
23. Interview d'Eduardo Lopez, expert de l'Agence Internationale de l'Energie, Libération, 11 mars 2008.
24. Source : " Le tourisme actuel est-il une espèce en voie de disparition ? ". Michèle Laliberté, http://veilletourisme.ca., 8 octobre 2007, consulté le 10/07/2008.
25. Thème du 11ème Symposium International du Tourisme, 2-4 février, 2009, Zermatt (Suisse), www.idealp.org.
26. Source : Indymedia Barcelona, consulté le 17/10/2005.
27. Intervention au séminaire " tourisme et décroissance ", octobre 2007, MSH-Grenoble.
28. Nous reprenons librement à notre compte cette proposition de plusieurs auteurs, parmi lesquels les géographes du groupe Mobilités, itinéraires, territoires de l'Université Paris 7 (Equipe MIT, 2002).
29. Source : www.forum.decroissance.info, consulté le 10/12/2007.
30. Voir par exemple le compte-rendu de la réunion du 02/05/2007 du Groupe Décroissance Toulouse sud-ouest sur le thème " tourisme et décroissance ". Source : http://decroissance.vspider.net consulté le 21/05/2008.
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