Voyage au bout de la terre
De la pêche, de l'émigration et de la (sur)vie sur les côtes africaines...
par Xavier Van der Stappen
Nous le savons tous, les bords de mer peuvent être des paradis.
Un paradis pour les nantis, parfois un enfer pour ceux qui y vivent.
A bord d'un kayak, au ras de l'eau, on peut découvrir une autre réalité.
Une expédition au cœur de l'exploitation et de la dégradation du milieu marin.
Histoires de bouts de littoraux, au bout d'un monde bien réel.
Une approche réaliste des enjeux sociaux, économiques et environnementaux sur
fond de balade en kayak proche des riverains de la grande bleue.
Embarquement immédiat. Témoignages d'un voyage étonnant.
Eté 2004, Gibraltar, le voyage débute
Devant la proue du kayak de mer, les côtes marocaines, à peine distantes
de 12 kilomètres. Le rail de Gibraltar fonctionne à plein régime. Les cargos
se succèdent. Il leur faut 4 kilomètres pour s'arrêter. Autant dire qu'il vaut
mieux passer derrière que devant leur proue. Arrivée mouvementée au Maroc. De
Tanger à Casablanca, la police suit de près ma progression. Je bivouaque sur
la plage, ils dorment dans leur voiture. Ce serait pour ma sécurité. Les hôteliers
sont très retissants à m'accueillir. Ils refusent que je passe la nuit chez
eux… pour éviter les ennuis. L'été, tout ce qui flotte est susceptible d'être
utile aux candidats à l'immigration clandestine. Tout ce qui sort de l'ordinaire
des charters et du tourisme de masse génère la méfiance des autorités.
Au Maroc, le long de la façade atlantique, les seuls lieux propices au tourisme
sont installés dans des baies. El Jadida, Essaouira, Agadir… Une accumulation
d'eaux usées sans traitement dans ces zones peu tourmentées génèrent un souci
de santé publique. Des eaux de baignade dans le rouge. Je reçois de manière
anonyme un rapport d'experts de l'Union européenne mené sur la qualité des eaux.
Le contenu est édifiant. Si ça ce savait, il n'y aurait plus personne dans l'eau
et sur les plages. Mais, au Maroc, la démocratie reste consultative, le roi
de droit divin règne et on ne touche pas au tourisme qui rapporte. A la télévision,
des spots invitent les touristes nationaux de plus en plus nombreux, à respecter
les plages, ramasser leurs déchets et limiter la pollution visuelle. Dans le
rapport, je découvre que la vallée du Draa est à sec. Un barrage à Ouarzazate
alimente les complexes hôteliers et les golfs. En aval, plus d'eau dans la vallée.
Les oasis se dépeuplent. Les kasbah, désertées à 80%. Les palmiers crèvent sur
pied. L'Etat demande à la coopération internationale d'intervenir. La coopération
belge creuse des puits dans la vallée sèche au lieu de remettre en cause les
choix établis. Aberration au pays des mirages.
Le désert en bord de mer
Navigation idyllique le long des côtes d'Essaouira à Tarfaya. Le seul inconvénient
ce sont les nombreuses grottes marines encombrées de détritus et peuplées de
myriades de mouches où je dois bivouaquer. Ce sont des lieux accessibles uniquement
par la mer. Les côtes à falaises d'une trentaine de mètres empêchent l'accès.
Seuls des pêcheurs à la ligne campent dans des abris de fortune installés au
sommet de la falaise. La région est déserte, il n'y a pas de puits. Des monticules
de criquets pèlerins comblent les fossés, vestiges des derniers drames ayant
touchés l'Afrique de l'Ouest. Les pêcheurs ermites et troglodytes échangent
leurs poissons avec de rares mareyeurs contre de la nourriture et de l'eau.
D'autres parcourent de longues distances en mobylette pour atteindre un village,
un point de vente. Une route goudronnée rectiligne longe l'océan sur plus de
2000 km. Par endroits la falaise s'est effondrée.
Coques en stock
Le littoral mauritanien débute au nord de Nouadhibou. Une longue flèche
lancée vers le Sud, c'est la péninsule du Cap Blanc. Aberration de la division
géopolitique héritée du découpage colonial, la frontière donne à chaque Etat,
une bande aride d'à peine un kilomètre de large par endroits. D'un côté, le
Maroc avec des côtes à falaises, de l'autre côté, les eaux calmes de la Baie
du Lévrier. Des dizaines de cargos finissent de rouiller à quelques mètres de
la plage. Le terminal ferroviaire de minerai extrait à Zouerate dans le désert,
les centaines de pirogues sénégalaises et les usines de conditionnement de poissons,
Nouadhibou est une petite ville ensablée consacrée au poisson. Au bout de la
péninsule, le parc national du Cap Blanc. Un minuscule parc dédié à la conservation
des derniers phoques moines, une espèce devenue rare dont le groupe le plus
important a élu domicile ici. Les phoques s'ébattent sur la plage mauritanienne.
Les femelles mettent bas dans les grottes marines sur le territoire marocain
où les phoques ne bénéficient d'aucune protection. Sur la plage, occupant un
quart du littoral protégé, un cargo échoué prête le flanc aux vagues. Un désastre
qui s'annonce lorsque la coque rouillée laissera fuir les huiles et les hydrocarbures.
Au pays des Imraghen
Le parc national du Banc d'Arguin occupe 180 km de littoral. Un milieu très
fragile composé d'îles, de hauts-fonds, d'immenses prairies marines. Un estuaire
en mer alimenté en minéraux par le désert et fourni en biomasse par le système
de l'upwelling qui remonte en surface de la matière organique des profondeurs
de l'océan. Ce foisonnement de vie attire quantité de poissons et de prédateurs.
On assiste à des spectacles étonnants de bancs de poissons poursuivis par les
dauphins et les orques dans des chenaux peu profonds. Et partout, la surface
de l'eau est striée de nageoires dorsales. Le poisson est si présent, qu'à marée
basse, il suffit de se pencher pour ramasser son repas. A l'origine, le parc
avait été constitué pour protéger les millions d'oiseaux migrateurs " venus
d'Europe pour passer l'hiver ". Le Banc d'Arguin constitue une halte dans leur
périple vers le Sud. Deux radars de surveillance, des postes de gardes, des
vedettes et dans chacun des villages de pêcheurs, des agents du parc veillent
sur leurs eaux comme on surveille ses pâturages. Aujourd'hui ce sont les poissons
qu'on protège. La Mauritanie gère son stock. Le pays possède des moyens de pêche
modernes et les équipements à terre pour la transformation et donc la valorisation
des ressources marines. Toute la chaîne est contrôlée. Seule ombre au tableau
: l'exploitation pétrolière offshore ne va-t-elle pas supplanter le secteur
de la pêche ? Dans ce cas, la conservation passera au second plan. On a du mal
à imaginer une marée noire dans un environnement pareil, quasi inaccessible
par terre et par mer et peuplé d'à peine 3 000 personnes équipées de voiliers
sans moteur. Il a fallu toute la pugnacité d'organisations de conservation pour
imposer une double coque au tanker, utilisé comme réservoir des plateformes
au large des côtes.
Imraghen, pêcheurs du désert
Pour financer le non-développement des Imraghen qui ne peuvent utiliser que
la voile pour pêcher, on leur donne les moyens de dégrader le milieu. Les associations
impliquées dans la conservation refusent de voir la réalité. Les pêcheurs Imraghen
ne vivent plus d'une économie de subsistance. Les subsides leur permettent d'avoir
bien plus d'impact sur l'environnement qu'avant. Dans un passé pas si lointain,
les femmes transformaient le poisson, ce qui donnait une plus value de 300%
par rapport au prix du poisson frais. Farine de poisson, huile de tête, poutargue…
Avant, les Imraghen ne faisaient que passer puisqu'il n'y a pas d'eau. Mais,
on leur a demandé de se sédentariser " pour mieux les aider ". Résultat, ils
pêchent toute l'année avec des équipages sénégalais plus performants. Aujourd'hui,
ils ont reçu des tout-terrains qui leur permettent de vendre la pêche à la criée
de Nouadhibou à 200 km au sud par la plage à marée basse. Résultat, les pêcheurs
s'endettent auprès des transporteurs qui cumulent souvent les fonctions de chauffeur
du village, de boutiquier, de prêteur sur gage et de surveillant du parc. Des
inégalités sont nées de l'intervention extérieure.
Nouakchott, capitale noyée des eaux ?
La capitale de la Mauritanie, datant des années 1960, se situe à une dizaine
de kilomètres de la plage, sous le niveau de la mer dans une dépression appelée
sebkha qui n'a jamais connu d'occupation auparavant. La " plage de la Baie "
Nouakchott, en langue hassania, est isolée de la mer par un cordon dunaire élevé.
Près d'un million de personnes soit 30% de la population du pays, devenus sédentaires
en une seule génération, risquent d'être englouti par les flots. Deux brèches
ont été percées dans le cordon dunaire. Une pour le port de pêche, l'autre pour
le terminal des porte-containers. La ville retient le sable venant du désert
et donc empêche l'apport indispensable à la dune pour compenser les pertes dues
à l'érosion de l'Atlantique. Une situation critique quasi inconnue des habitants.
La montée des eaux, une forte marée et c'est une ville du désert qui sera noyée.
Au sud de Nouakchott, 300 km de plages désertes, souillées par les poubelles
venues du Nord, d'Europe, du Maroc, apportées par les courants qui longent les
côtes. Des sacs " neufs " viennent s'échouer, jetés à la mer depuis des bateaux
qui passent. Des ampoules, des flotteurs en tout genre, des emballages de toutes
origines… Des cadavres de dauphins gisent sur la plage, résultat des sondages
de recherches pétrolières entamées au large et qui affectent les sonars. Des
tortues victimes des sacs plastiques qu'elles confondent avec des méduses font
la joie des chacals. Plus loin, deux cargos éventrés. Les poubelles du monde
entier. L'internationalisation des poubelles.
Les caprices d'un fleuve
Je rentre au Sénégal par la petite porte. Un poste de douane appelé Bagdad tenu
par un militaire du nom de Saddam. Ca ne s'invente pas. Le kayak jaune banane
éveille l'attention des douaniers assoupis sous l'auvent. L'inspection débute.
La curiosité prend le dessus sur la fouille d'usage. Tandis que les " oh " et
les " ah " fusent à la découverte des astuces techniques du kayak, le balai
des pirogues chargées de produits de contrebande se poursuit. La perception
est directe et choit dans la poche du percepteur. Nous devisons autour d'un
thé. Deux décennies de travaux ont permis de modifier la nature du fleuve. En
amont, le barrage de retenue de Manatali au Mali. En aval, le barrage anti-sel
proche de Rosso. Le but, la valorisation de la vallée du Sénégal. Le résultat,
un désastre sans précédent. Les berges bétonnées ne bénéficient plus des alluvions.
Les irrigations font remonter le sel contenu dans la terre. Les coûts de carburant,
la maintenance des pompes et les engrais obligatoires sont impayables. Ceci
sans évoquer l'apparition du choléra et la recrudescence de la malaria. Les
berges sont asphyxiées par le développement du typha, une plante aquatique à
croissance très rapide. Ceci n'est pas pour favoriser la pêche, mais favorise
le développement de la bilharziose, l'apparition des rats et des serpents d'eau.
Il y avait sans doute un équilibre lorsque l'eau salée remontait le fleuve…
On nous fera peut-être croire que c'est la corruption qui aura eu raison des
projets d'irrigation. Si ce n'est l'incurie des riverains. Les grands travaux
ne profitent qu'à des sociétés étrangères qui viennent en Afrique faire ce qu'on
ne peut plus en Europe : utilisation de pesticides, d'engrais, d'intrants douteux…
Tout ceci retourne dans le fleuve dont les gens dépendent. La production de
légumes, de fruits est destinée à l'exportation. Les tomates voyagent 6000 km
en avion pour finir à bon prix dans nos assiettes. La différence réside dans
le coût de la main d'œuvre : minime.
Sénégal, le soleil et la plage
Le Sénégal, c'est un peu l'équivalent de Djibouti à l'Ouest. Un lieu stratégique
en face des Amériques et un verrou maritime vers le Sud. Un Etat soutenu de
l'extérieur pour une stabilité sociale dans un pays dirigé par les confréries
musulmanes qui gagnent du terrain et tirent les ficelles du castelet politique.
Un double discours, tantôt rassurant les Occidentaux, tantôt diabolisant les
partenaires extérieurs. Un double jeu visible jusqu'au sein des ministères.
Un curieux pays dans lequel l'héritage de Senghor ne berce que les étrangers
en quête d'exception culturelle française exportable. Un pays où les portraits
de Ben Laden foisonnent à l'arrière des cars rapides et des 7 places (Peugeot
504 break dans lesquels s'entassent 7 personnes plus le chauffeur). Un pays
où des pèlerinages religieux enregistrent 4 millions d'adeptes. Le Sénégal reste
le pays le plus aidé par la France par habitant, mais c'est sans doute celui
où l'intervention occidentale porte le moins de fruits. Comme le disait Georges
Lautner : " l'oseille est la gangrène de l'âme ". Le Sénégal est accueillant.
Pas besoin de trouver un partenaire local à 51% pour lancer une affaire. D'où
la multiplication de petites activités menées par de nombreux expatriés. Au
nombre desquels des retraités qui évitent de payer des impôts en France en passant
plus de 6 mois au soleil à gérer des petites structures d'accueil touristique
sans en avoir la qualification et sans contribuer au développement du pays en
évitant également de payer des taxes au Sénégal. Le problème principal qu'ils
rencontrent serait la corruption des fonctionnaires locaux…
Qui de l'élève ou du professeur profite le mieux de la situation ?
Enfin Dakar
De loin, on dirait un immense parc d'attractions. J'ai mis pied sur l'île Serpent
dans l'archipel des îles de la Madeleine en face de Dakar. Il est 19 heures.
Dans la cale naturelle ouverte sur l'océan, pas un bruit. Jusqu'au survol de
cet Airbus qui déchire l'air… au-dessus du parc national protégeant des oiseaux
et des poissons. Vue de la colline de l'île, la ville s'illumine au couchant,
des pirogues quittent les eaux du parc où elles braconnent chaque jour sous
les fenêtres du ministère de l'Environnement. Plus loin à Ngor, c'est à la dynamite
qu'on pêche. Dakar est une ville de 3 millions d'habitants, située sur une péninsule
en bord de mer. Régulièrement, des quartiers entiers sont plongés dans l'obscurité
à cause des coupures d'électricité dues à l'approvisionnement et au coût du
carburant fossile importé. Pour les nantis, cela ne pose pas de problème, ils
sont équipés de groupes électrogènes qui assument les besoins des climatisations,
frigos, congélateurs. Les gardiens sont rompus à la tâche " d'envoyer le groupe
". Leurs véhicules sont des tout-terrain climatisés utilisés pour regagner des
bureaux climatisés. Les frais sont pris en charge par l'employeur. Mais pour
la majorité des habitants, la vie s'arrête. Les artisans sont au chômage, les
communications ne sont plus assurées, l'économie subit. 20 000 taxis jaunes
et noirs sillonnent la ville. L'essence est aussi cher qu'en Europe. Un projet
de parc éolien a été écarté. Comme partout dans le monde, comment l'Etat sénégalais
pourrait-il se passer des 60% de taxes directes perçues sur la vente des carburants
? Peut-on croire à la mise en place de solutions d'avenir ?
Sunugal, tous dans la même galère
Il existe ni permis de pêche, ni immatriculation des pirogues. En matière de
réglementation, les autorités jouent au chat et à la souris avec les pêcheurs.
Si le secteur concerne 600 000 personnes, l'Etat retire peu de revenus de cette
activité. Il n'est donc pas enclin à investir. Plus de 15 000 pirogues sont
actives au Sénégal et braconnent dans les eaux de la Guinée Bissau et celles
de Mauritanie. Au Sénégal, 80% du poisson débarqué l'est par les pirogues traditionnelles
également responsables de la raréfaction de la ressource. La pêche piroguière
fait, aujourd'hui, plus de dégâts que la pêche industrielle car elle affaiblit
à la fois les stocks mais s'en prend au juvéniles et aux espèces menacées (requins,
mérous, thons…). Cette activité n'a plus rien de traditionnelle. Elle est devenue
intense dans les zones de reproductions que sont les estuaires (Saloum, Gambie,
Casamance). Depuis la motorisation de 90% des pirogues, les Sénégalais sont
en première ligne dans la dégradation du milieu. Il faut également considérer
les populations qui ont quitté l'intérieur des terres lors des grandes sécheresses
et qui se sont installées le long du littoral pratiquant une pêche dévastatrice.
Des initiatives visent la constitution d'aires marines protégées. Leur existence
est vivement menacée par la fragilité économique des populations et la précarité
de la conservation lorsqu'elle ne dépend que d'une activité touristique aléatoire.
Au Sénégal, l'Union Européenne a signé des accords de pêche. Aujourd'hui, l'Europe
recherche des zones d'exclusivité plus au Sud (Namibie, Angola). La principale
raison est que les poissons se font rares après un pillage systématique durant
deux décennies [pour plus de détails, voir l'encacré à
la fin de l'article].
Les pirogues de l'émigration
La communauté des pêcheurs Lébou est principalement concernée par l'émigration
clandestine. Car quand le poisson manque, les pirogues peuvent servir à autre
chose. Ce sont eux qui possèdent les pirogues mais aussi le savoir pour atteindre
les Canaries. Ils sont équipés de GPS et de téléphone satellite qui leur permettent
de donner des rendez-vous de départ à des pirogues de plus petit gabarit, plus
discrètes lorsqu'elles quittent les quais de pêche. S'ils ne sont pas passeurs,
ils sont passagers. Malgré les images alarmistes, je constate que la majorité
des candidats à l'émigration arrivent à bon port. Ceci pousse les jeunes à rejoindre
un ami, un frère en Europe. Aujourd'hui, le passage coûte environ 500
euros. Les passeurs font construire de grandes pirogues de mer que l'on peut
voir en chantier sur la plupart des quais de pêche. Ils s'équipent ensuite de
deux moteurs hors-bord de 40 chevaux. L'affaire reste très lucrative et les
pirogues ne servent que pour un seul trajet. Elles ne sont donc pas décorées.
Ces décorations permettraient de connaître leur origine puisque elles peuvent
donner l'appartenance familiale, l'identité du chantier, la provenance géographique.
Casamance, guerre et tourisme
A l'embouchure du fleuve Casamance, le village de Diogué. Le cadre est idyllique.
Des villageois lancent leurs éperviers depuis la plage. Des dauphins chassent
à quelques mètres, les palmiers offrent de l'ombre à quelques femmes fabriquant
des paniers. A deux cents mètres de cette scène exotique, une communauté de
Ghanéens transforment des tonnes de requins en poudre. Les requins à museau
pointu sont la cible des pêcheurs. Les ailerons, à peine 5% de l'animal, sont
achetés par les Asiatiques. Le reste est vendu à vil prix. Leur nouveau terrain
de chasse : l'archipel des Bijagos qui vient d'être nouvellement enregistré
dans la liste des sites naturels par l'Unesco. Un pillage ordonné avec, en toile
de fond, l'autoroute de la cocaïne à la croisée des routes des narcotrafiquants
important d'Amérique à destination de l'Europe. En Casamance, les discours s'entrechoquent.
Tout le monde veut la paix, mais la guerre civile est une arme de développement.
Elle s'alimente par la production de cannabis visible partout. Un moyen d'attirer
l'attention. La région la plus favorisée du Sénégal réclame des aides, un soutien
pour développer le tourisme et dénonce son enclavement. Dans les villages, on
peut voir sortir de terre des centres de santé, des citernes d'eau potable,
des réverbères à énergie solaire, des maisons des jeunes équipées, des écoles…
tout ce qui manque cruellement dans le reste du pays.
Gambie, richesse et décadence
La Gambie est le plus petit pays d'Afrique. Un fleuve aux berges inhabitées.
Un Etat en déliquescence. Une monoculture de l'arachide dont le cours s'est
effondré. Une économie paralysée par la dévaluation de la monnaie locale qui
porte la bière et le litre d'essence à 2 euros. Impayables pour une population
rurale livrée à elle-même. Le marché noir s'inverse en quelques mois et ce sont
les Gambiens qui se rendent au Sénégal pour faire le plein et se nourrir. Remonter
le fleuve Gambie, c'est comme pénétrer la nature sans y être invité. Les murs
végétaux masquant les berges bordent le fleuve. L'industrie du bois a démarré
la déforestation. Les grands arbres se transforment en meubles de jardin… pour
notre plus grand plaisir.
Dakar NO OIL
Cet hiver, pour allier le geste à la parole, c'est par la route goudronnée,
au volant d'un kart à voile que Xavier regagnera son kayak de mer en Guinée-Bissau
en passant par le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal. Au Sénégal, des interventions
dans les lycées devront permettre de faire connaître les alternatives aux carburants
fossiles. Cette démarche devrait éviter d'expliquer dans les génériques des
montages vidéos qu'il compense ses émissions de carbone par des dons à des associations
ou encore de signer des accords avec des producteurs de détergents pour avoir
les moyens de sa politique.
L'auteur
Xavier Van der Stappen, président de l'association Cultures & Communications,
est ethnographe, auteur d'une dizaine d'ouvrages et concepteurs d'expositions.
L'association : www.cultures-com.org
La dernière exposition : www.senegal-la-mer.org
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Sunu gaal, tous dans la même pirogue (juin 2008) "Si les ressources marines s'épuisent totalement,
les Sénégalais utiliseront leur pirogue pour autre chose..." |
La pêche au Sénégal est un secteur informel |