Le "mur de peau": le tourisme et les Amérindiens
par Eric Navet

Chez les Indiens Stoney, à l'occasion
de la conférence oeucuménique de Morley, Alberta, Canada (photo:
Eric Navet)
Un opuscule de 80 pages écrit en 1951 par un certain J. Herbert Cranston et intitulé Huronia, Cradle of Ontario's History, destiné aux premiers touristes de la région de la baie Georgienne (1), dans l'Ontario, illustre bien la vision que l'on avait encore des Amérindiens après la Seconde Guerre mondiale. Il débute ainsi : " Huronia est le nom moderne donné à cette charmante région autour des rives de la baie Georgienne où en l'année 1610 l'histoire de l'homme blanc commença dans ce qui est aujourd'hui la province d'Ontario. Ici voici 350 ans des tribus d'Indiens sauvages vivaient dans des maisons-longues couvertes en écorce dans des villages entourés de murs palissadés faits de troncs de jeunes arbres. […] Ici ils se livrèrent à des guerres sanglantes contre leurs ennemis à la peau rouge qui finirent par les chasser et les détruire " (Cranston, 1951 : 3).
Il n'est suggéré ici qu'implicitement que l'histoire de l'Ontario
commence avec la venue de l'homme blanc ; les "tribus d'Indiens sauvages", sans
doute trop occupées à se livrer à des "guerres sanglantes" et à s'entretuer
entre "peaux-rouges", n'avaient pas le temps de construire un avenir digne de
ce nom. Il fallait que les Blancs arrivent pour mettre les terres en valeur
: " Le paysage historique est aujourd'hui une région verte et fertile de
collines et de vallées occupée par un prospère peuple blanc " (Ibid. : 5).
Ce sont les Blancs aussi qui, d'après ce texte, permirent aux Indiens de franchir
très rapidement les étapes qui mènent de la "sauvagerie" à la "civilisation"
: " Ici, en trois décennies, la race humaine progressa de l'Âge de pierre
à l'Âge des machines. Avant 1610, les Hurons taillaient leurs outils et leurs
armes dans la pierre brute. Ils ne connaissaient rien du fer et autres métaux.
Ensuite, les commerçants blancs leur donnèrent les outils et les armes européennes
en échange des fourrures. Ainsi un progrès qui aurait demandé cinq mille ans
dans d'autres civilisations fut fait en une génération par les Hurons "
(Ibid.).
On se demande comment ces pauvres sauvages, si ignorants et "dépourvus de tout"
avaient pu survivre pendant des millénaires sans la manne providentielle de
la civilisation des machines ! Et on s'interroge aussi sur le destin tragique
de certains missionnaires qui, en pure bonne foi, voulaient contribuer à cette
"marche en avant" en christianisant les païens : " L'Huronia, terre natale
de races fières et guerrières, fut aussi une terre de grande tragédie. Ici une
petite bande de missionnaires jésuites tentèrent d'introduire le christianisme
à des peuples qui stagnaient dans la fange d'une sauvagerie primitive. Cinq
de ces courageux enseignants furent tués, deux d'entre eux après de terribles
tortures. Les survivants furent forcés de s'enfuir en compagnie de maigres restes
des Hurons défaits, devant l'avance sauvage des Iroquois dans ce qui est aujourd'hui
l'Etat de New York " (Ibid. : 6-7) (2).
Une telle présentation vise à attiser l'intérêt des visiteurs pour une région
qui a effectivement été, pendant deux siècles, au cœur des enjeux coloniaux
entre la France et l'Angleterre. Dans cette histoire, l'Amérindien, le "peau-rouge"
est le faire-valoir, mais aussi le repoussoir, d'une image modèle qui est celle
du civilisateur sous les traits du missionnaire, du soldat, du trafiquant, de
l'administrateur, et autres figures coloniales. Il n'est nulle part et à aucun
moment question d'une rencontre véritable, et le touriste est invité à s'enthousiasmer,
au travers d'un certain nombre d'infrastructures muséographiques et patrimoniales
(3), devant le processus civilisationnel qui a permis la domestication des sauvages
et du sauvage.
La vérité est que toute la région sud-orientale de l'actuelle province d'Ontario
était autrefois habitée par des Hurons, peuple iroquois, qui cultivaient le
sol et échangeaient avec les ethnies algonquines de chasseurs du nord. Les Blancs
introduisirent la traite de fourrures, ce qui mena le castor - dont la fourrure
était très prisée des dames des Cours européennes - au bord de la disparition,
entraînant des rivalités qui dégénérèrent rapidement en guerres. A la fin du
17ème siècle, une partie des Iroquois envahit cette région et les Hurons qui
avaient déjà perdu les deux tiers de leurs effectifs à cause des maladies introduites
par les blancs, ne purent résister bien longtemps à l'invasion. Ils furent conduits
par les missionnaires - ici comme ailleurs largement responsables de ces épidémies
et agents actifs du pouvoir colonial - jusqu'au Québec où résident toujours
leurs descendants. Finalement, ce sont les Ojibwés, que les Hurons avaient appelés
à la rescousse, qui défirent les Mohawks et s'installèrent dans l'ancienne Huronia
où ils occupent toujours la plupart des réserves. La région, bénéficiant de
belles plages de sable le long du lac Huron, et plus au nord d'un cadre forestier,
avec ses marinas et ses villas, attire aujourd'hui de nombreux touristes estivants
canadiens et américains.
Nous savons grâce aux sagas, récits mi-légendaires mi-historiques
que, succédant aux aventureux moines irlandais, les Vikings colonisèrent l'Islande
avant de s'installer en nombre, au 10ème siècle, dans le sud du Groenland sous
la conduite d'Eric le Rouge. L'une des théories avancées - sujette à caution
il est vrai (4) - pour expliquer pourquoi il appela cette grande île glacée
- de moins en moins il est vrai - qui se trouve entre l'Europe et l'Amérique,
Groenland ("terres vertes") est qu'il souhaitait y attirer d'autres colons.
On pourrait presque voir dans une présentation trompeuse une première publicité
touristique !
C'est le fils d'Eric, Leif, surnommé "l'heureux", qui sera le premier Européen
à mettre le pied en Amérique. Plusieurs petits établissements vikings subsisteront
sur les côtes, entre le sud de la Terre de Baffin et le sud du golfe du Saint-Laurent
peut-être jusqu'au 14ème siècle, après quelques batailles sanglantes avec les
autochtones, narrées par les sagas. Un ouvrage norvégien du 13ème siècle écrit
pour l'instruction des princes précise : " Les gens qui explorent la terre
et la mer obéissent à trois tendances : le goût du combat et de la renommée
; le désir de connaître ; l'appât du gain " (cité par Riverain, 1966 : 247).
Il y avait sans doute un peu de tout cela dans les motivations des Vikings.
De là à assimiler les voyages de découverte à du tourisme il y a une marge ;
si l'on peut exclure le "goût du combat" - sauf, peut-être pour les meilleures
places au camping des Flots bleus -, les autres impératifs et quelques "autres"
se mêlent toujours plus ou moins dans le désir de voyage.
Une définition classique du tourisme, et plus particulièrement du tourisme culturel,
est donné par C. Origet du Cluzeau : " On définit ici le tourisme culturel
comme un déplacement (d'au moins une nuitée) dont la motivation principale est
d'élargir ses horizons, de rechercher des connaissances et des émotions au travers
de la découverte d'un patrimoine et de son territoire […]. Le tourisme culturel
est donc une pratique culturelle qui nécessite un déplacement ou que le déplacement
va favoriser " (Origet du Cluzeau, 1988 : 3-4).
Retenons la nécessité, mal formulée ici, de se déplacer pour trouver un ailleurs,
un "autre chose" que l'ici et maintenant n'offrent pas. Il reste à définir quels
types de connaissances et quelles émotions sont recherchés, et aussi à déterminer
s'il n'existe pas d'autres motivations moins explicites, inconscientes pour
tout dire.
On connaît l'histoire dramatique de l'Amérique du Nord ; les conquêtes de l'Est,
de l'Ouest puis, encore aujourd'hui, du Nord, se traduisent, dans le même mouvement
et conformément au schéma colonial classique, par un ethnocide (destruction
des cultures) - avec souvent la forme extrême du génocide (5) - et par un écocide
(destruction des environnements). Considérant la continuité entre le monde humanisé
et les mondes visibles et invisibles, une relation fusionnelle bien mise en
évidence par P. Descola (2005) et T. Ingold (1986) par exemple, la destruction
des cultures et des environnements visibles est aussi, nécessairement, celle
des choses de l'esprit qu'on pourra qualifier de noocide (6). Au niveau
individuel, tout ceci se traduit par un égocide, une perte de tout repère
culturel qui est aussi perte de l'identité et qui produit des individus déséquilibrés,
mal dans leur peau.
Ce n'est pas seulement hors des frontières qu'opère ce processus, il est le
moteur même de la civilisation. La "civilisation des moeurs" (N. Elias) procède
à tous les niveaux, selon un processus d'éradication du naturel, du "sauvage"
conforme à l'injonction biblique de "domination" par l'homme de toutes les natures
(dans et hors de l'être humain).
Lorsque les Blancs débarquent en Amérique, le sort des Amérindiens est scellé
: leur "Destin manifeste" (Manifest Destiny) est de se conformer au mode
d'être et de penser européen (donc, avant tout, se christianiser), ou de disparaître.
Dans tous les cas, il n'y a pas de place pour des cultures amérindiennes distinctes
; le processus de colonisation est déjà un processus de mondialisation. En 1863,
un journaliste de Toronto écrit : " Nous nous sommes toujours faits les avocats
d'un traitement libéral envers les Indiens. Pauvres gens ! Ils ne survivent
pas si longtemps parmi les blancs que nous ne nous efforcions pas de leur donner
tout ce que nous pouvons. Mais on ne peut leur permettre de rester sur le chemin
de la civilisation de ce continent ".
C'est clair, le missionnaire, souvent le premier sur ce "chemin de la civilisation",
n'est pas un touriste, car si l'une des raisons qui le poussent à s'exiler si
loin de chez lui, dans des pays et chez des gens jugés a priori "hostiles",
est bien la quête d'émotions (celles de sa vocation apostolique), il ne propose
pas un échange de connaissances, car il vient essentiellement imposer un savoir
et ne pense pas avoir quoi que ce soit à apprendre de ses "ouailles". Son seul
but est, en transmettant ses valeurs, de les faire "bénéficier", par le baptême,
de la rédemption du péché originel ; pour lui-même, la mission n'est qu'un chemin
de croix avec, pour seule récompense, la conversion/civilisation - au prix même
de leur vie physique - des "sauvages", et, dans le meilleur des cas, le martyr
au poteau de tortures des Iroquois ou dans la marmite des cannibales.
Le trafiquant de fourrures, le "voyageur", ne correspond pas non plus à la définition
d'un touriste, culturel ou non. Quand le missionnaire accumule des âmes ("il
gagne des âmes à Dieu", selon une formule consacrée), le marchand gagne de l'argent
en échangeant, à son avantage et souvent de façon frauduleuse, les fourrures
que lui procurent les Amérindiens contre des objets qui les aliènent (fusils,
poudre, pièges à mâchoires, outils de fer, denrées alimentaires…).
Le militaire et le policier sont là pour combattre toute résistance à l'assimilation,
à la destruction culturelle ; l'administrateur et le politique sont les instruments
actifs de l'application d'un système de lois destinées à imposer, particulièrement
par l'école, le mode d'être, de penser et d'agir occidental.
Les réserves indiennes, créées, pour la plupart, en Amérique du
Nord dans la seconde moitié du 19ème siècle étaient conçues pour être les lieux
où des peuples autrefois nomades pourraient être sédentarisés et soumis aux
politiques d'assimilation. Il s'agissait, d'emblée, de transformer des païens
en chrétiens et de substituer à une économie de subsistance basée sur la chasse,
la pêche et la collecte, une économie de marché fondée sur l'exploitation des
ressources du sol (cultures) et du sous-sol (mines). Ces politiques étaient
structurées par un système législatif défini par la Loi sur les Indiens (7)
promulguée dans les années 1870. Aux religieux restait dévolue, dans le cadre
des pensionnats, la tâche de christianiser, et d'inculquer, selon une formule
consacrée, "des habitudes de frugalité et d'industrie" à ceux qu'on appelait
il n'y a pas si longtemps encore au Québec les "sauvages".
Mais les réserves qui devaient favoriser le désensauvagement des sauvages ont
été aussi des lieux de résistance, et aujourd'hui on doit bien faire le même
constat que l'auteur-philosophe amérindien Jamake Highwater : " Ni l'assimilation
ni le génocide n'ont détruit les "sauvages" malgré l'incomparable technologie
dont disposaient les missionnaires et les exterminateurs. […] Non seulement
les "sauvages" ont survécu, mais ils se sont multipliés, et ils ont trouvé leur
voix. La diversité humaine n'a pas été vaincue par la conformité et l'assimilation
" (Highwater, 1984 : 17). Que s'est-il donc passé ? Pourquoi l'échec de l'assimilation
? Pourquoi le "sauvage" n'a-t-il pas disparu ?
Au-delà des montagnes et des océans - remparts solides ou liquides, sas naturels
entre "civilisation" et "sauvagerie" -, les conquêtes de la civilisation, sous
les formes violentes que nous avons présentées, vont aller bon train. Comme
il est prescrit dans les textes fondateurs - la Bible bien sûr, mais aussi ceux
des commentateurs et exégètes - l'Occidental chrétien va tout faire pour refouler,
au sens physique et/ou psychanalytique, le sauvage, sous la forme des peuples
naturels - qu'on appelait autrefois "primitifs" -, comme sous celle de la nature
non domestiquée, qualifiée par les Anglo-Saxons de Wilderness, ce qu'on
peut traduire par "étendues sauvages", ou Barren Lands, "terres désolées".
Selon la logique, éminemment immorale, des premiers civilisateurs, le sauvage,
instrumentalisé, nié dans son existence même puisque dépourvu de la "vraie"
religion, dans un état apparent d'anarchie, "ignorant le pain et le vin", est
d'abord traité d'un point de vue utilitariste : pourvoyeur de peaux et autres
produits de la nature, on le tolère, on en fait même un partenaire militaire
dans les affrontements coloniaux. Mais lorsque, passant d'une exploitation des
ressources brutes du milieu, on accède au stade supérieur d'une évolution supposée,
ce qui se traduit par la "mise en valeur" des terres supposées vierges ou qualifiées
de "déserts", l'Indien devient un "obstacle au progrès", et le sauvage doit
laisser la place à la "civilisation"; il est condamné à disparaître, comme ceux
qui, dans les westerns, se font bêtement descendre en tournant autour des chariots
des pionniers.
Pourtant, si les premiers explorateurs du Nouveau Monde et les colons de la
première heure vont être horrifiés par les pratiques barbares, réelles ou imaginaires,
des sauvages : le cannibalisme, la liberté sexuelle, voire la sodomie…, ils
vont être nombreux à se laisser charmer - tels les marins d'Ulysse succombant
aux chants voluptueux des sirènes - par les avantages et les plaisirs d'une
vie naturelle chez des gens "sans foi sans loi et sans roi".
Les philosophes et les poètes se feront écho de cette "nostalgie de l'âge d'or".
Ronsard, dès le 16ème siècle dira, s'adressant aux Tupinamba du Brésil : " Vivez
heureuse gent sans peine et sans soucy, Vivez joyeusement : je voudrois vivre
ainsi " (Ronsard, 1559). Le baron de La Hontan, dont nous reparlerons, écrira
de même un siècle et demi plus tard : " J'envie le sort d'un pauvre sauvage,
qui leges et sceptra terit (8), et je souhaiterais pouvoir passer le
reste de ma vie dans sa cabane " (La Hontan, 1973 : 31). Et Rousseau bien
sûr…
Car, comme l'a montré par exemple Norbert Elias (1939), les Occidentaux sont
les premières victimes d'une "civilisation des mœurs" qui ne laisse pas ou bien
peu de place à ce qu'il y a de plus naturel en l'homme (plaisirs du corps physique,
de l'être imaginant et créateur) et hors de l'homme (les paysages visibles et
invisibles). Une civilisation chrétienne qui a définitivement perdu son paradis
puisque des anges vengeurs et armés, vigiles de la pruderie hypocrite dominante,
interdisent l'accès au jardin d'Eden devant ce qui constitue peut-être un premier
"mur de la honte". Si le sauvage incarne les interdits d'une civilisation peu
portée sur les plaisirs et valorisant plutôt le travail et la pénitence, il
représente aussi tout ce à quoi nous aspirons secrètement : une "terre sans
mal" conforme à l'idéal tupi-guarani d'Amérique du Sud, un lieu sans règle où,
pour l'éternité (car on y est immortel), tout n'est que plaisir et facilité
dans une intimité et une entente parfaites avec l'environnement et les autres
créatures. Un lieu où règne la liberté dans l'espace (nomadisme) et dans le
temps (circulaire).
En Nouvelle France, dans les établissements du Saint-Laurent, de nombreux hommes,
qu'on appela "coureurs des bois", ou plus simplement "voyageurs", abandonneront
les charrues, femmes et enfants parfois, pour pratiquer la traite des fourrures
avec les sauvages. De ces courses, beaucoup ne revinrent pas et refirent leur
vie - formule bien pertinente ici - avec des femmes autochtones, s'assimilant
à ceux qu'on voulait assimiler, donnant naissance à un métissage qui aboutit
aussi à la création d'une culture métisse, celles des "Bois Brûlés" des provinces
centrales canadiennes… A la fin du 17ème siècle, le baron de La Hontan, après
avoir vécu - entre 1783 et 1794 - la vie libre et indépendante des Amérindiens,
va inventer la notion du "bon sauvage" dont la première figure littéraire sera
Adario, chef huron historique auquel, dans ses Dialogues avec un sauvage
(1703), il prête une critique, qui est en fait la sienne, sur l'absolutisme
monarchique et religieux. Un siècle et demi plus tard, dans les années 1840,
le peintre George Catlin et le naturaliste George Audubon vont, eux, inventer
le tourisme culturel pour le premier, et l'écotourisme pour le second. Ils vont
parcourir les Grandes Plaines des Etats-Unis pour être les témoins du déclin
des tribus des Plaines : Sioux, Cheyenne, Blackfoot, Osages…, mais aussi pour
attester de la progression d'un écocide qui affectera en particulier le bison.
Cette espèce, autrefois innombrable mais surchassée par les blancs, faillit
disparaître à la fin du 19ème siècle. C'est dans le but de préserver un peu
de cette nature sauvage que fut créé aux Etats-Unis, en 1872, le Parc National
de Yellowstone, premier parc naturel national au monde, devenu aujourd'hui un
haut lieu du tourisme international.
Plusieurs figures de l'Indien s'opposent à cette époque où s'achève
la conquête de l'Ouest : celles haute en couleurs des tableaux de Catlin ; celle
en noir et blanc du photographe Edward Curtis (1907) qui donne à voir le tableau
aux multiples facettes d'un Indien déclinant (9), en fin de course (10). Cet
indien là, intégré à la pensée évolutionniste qui occulte le fait colonial,
empreinte de nostalgie, est étrangère à la réalité.
La réalité est celle de gens confinés, de force (11) dans des réserves où ils
connaissent la famine et les maladies de l'homme blanc - parmi lesquelles l'alcoolisme
qui fera des ravages - dont ils sont contraints d'adopter les oripeaux (12)
et la religion. Mais comme l'Indien acculturé, plumé et déplumé, n'intéresse
pas les touristes, les industries du spectacle et la littérature vont créer,
pour satisfaire la fascination constante qu'exerce le sauvage, une représentation
conforme aux rêves occidentaux : celle du Wild West Show de Buffalo Bill au
tournant des 19ème et 20ème siècles, et des zoos humains qui vont se multiplier
en Europe comme aux Etats-Unis jusqu'au début du 20ème siècle, notamment à l'occasion
des expositions universelles, vitrine des succès de la science et de la technologie
triomphantes, vainqueurs d'une nature sauvage enfin domptée… Les Hottentots,
Lapons et autres Kaliñas exhibés derrière des barreaux au Jardin d'acclimatation
satisfont le goût du sauvage mais pas celui de l'exotisme. Pour l'exotisme,
pour avoir le décor en plus, il faut partir, prendre la route…
Entre les zoos humains et les réserves indiennes, existe un grand écart du point
de vue de l'attente du touriste. Même les morts étaient dépouillés de leur identité
: dans les sites funéraires, sur les champs de bataille, les voyageurs et les
soldats n'avaient aucun scrupule à collecter des "souvenirs", parfois après
en avoir massacré leurs possesseurs légitimes (13). Ces souvenirs ont souvent
échoué dans les vitrines des musées ethnographiques. Dans les pensionnats gérés
par des religieux, on s'efforçait d'effacer toute trace de sauvagerie chez les
premiers habitants des Amériques. Du coup, si les girafes et les éléphants ne
manquent pas trop dans les parcs africains, les Indiens tels qu'on les rêve
sont généralement absents des réserves indiennes, à moins que, comme chez les
Hurons du Québec, les Cherokees de l'Est des Etats-Unis [voir les photos
placées dans cet article, prises dans une réserve Cherokee en
1979] et quelques autres, les Indiens soient réduits à "jouer aux Indiens"
en exposant aux touristes l'image contrefaite d'un Indien "authentique" qui
n'existe que dans l'imagination des Occidentaux (14).
Dès la fin du 19ème siècle, quelques entrepreneurs blancs eurent l'idée de spectacles
in situ où les Indiens, qu'ils contribuaient par ailleurs à faire disparaître,
revêtaient des costumes supposés "traditionnels" et chantaient, au son de tambours,
interprétaient des chants et des danses invariablement qualifiés "de guerre".
Ce furent les premiers pow wows. C'est ainsi que la municipalité de Banff, dans
l'Alberta, organisa dès le début du siècle les Banff Indian Days où se produisaient,
devant un public de touristes en mal d'exotisme, des Blackfoot, des Stoneys,
des Cris… Mais si l'artificialisation du sauvage peut être considérée comme
l'étape finale de l'ethnocide, il faut bien admettre aujourd'hui que la sève
d'une culture authentique n'a pas cessé d'irriguer, par des sources souterraines
(15) qui n'ont jamais tari, la vie des communautés. Les pow wows qui se multiplient
aujourd'hui, tant dans les réserves que dans les grands centres urbains - où
vivent près de la moitié des Amérindiens -, sont devenus aujourd'hui une expression
identitaire majeure de ceux qui s'appellent désormais au Canada les "Premières
Nations". Le répertoire des chants et des danses ne cesse de s'enrichir en puisant
dans des traditions anciennes certes, mais aussi en intégrant les événements
récents, expression d'une résistance militante qui sait aussi tirer parti des
législations internationales (16). Les costumes encore en partie inspirés des
Indiens des Plaines - archétypes de l'Indien stoïque et guerrier immortalisé
par le western - expriment davantage la diversité culturelle des premiers occupants
des Amériques.
Donner à voir n'implique pas une perte de soi, pourvu qu'on assure soi-même
la mise en scène, décors et costumes compris. Les Amérindiens, notamment parmi
les plus jeunes, sont de plus en plus nombreux à participer à ce qu'on appelle
le Pow Wow Trail ("le chemin des pow wows"), passant plusieurs mois par ans
sur les routes, renouant ainsi, entre Canada et Etats-Unis, avec la pratique
nomade ancienne, de pow wow en pow wow, pour prendre part aux concours de danse
par catégories d'âge, de sexe et de style, et éventuellement gagner l'une ou
l'autre prime. Le pow wow, comme nous l'affirmait un danseur, est "un véritable
mode de vie" où s'expriment les valeurs fondatrices de convivialité, de partage
et de spiritualité.
De plus en plus, des tipis se dressent tout autour de l'aire de danse, et de
nombreux stands offrent un artisanat non made in Japan ou made in Taiwan, qui
permet d'emporter un souvenir qui accompagnera les nombreuses photos et films
qui prouveront que l' "on y était". Il s'agit là d'un tourisme dominical qui
concilie au mieux les envies des blancs et celles des Indiens soucieux d'exprimer
une identité spécifique.
Le Canada est devenu l'une des destinations touristiques les plus prisées, avec
pour figures emblématiques celles des colonisateurs : Police montée, trappeurs
et autres trafiquants de fourrures, missionnaires... Mais il reste aussi dans
le pays de vastes étendues sauvages, une faune riche et variée et jusque ce
qu'il faut de représentants des premiers occupants : les Amérindiens. Le rêve
romantique d'une nature vierge trouve ici de quoi s'épanouir.
De façon générale en Amérique du Nord, les Amérindiens expriment à nouveau aujourd'hui
la fierté d'être ce qu'ils sont, des cultures spécifiques fondées sur des valeurs
humaines, écologiques et spirituelles qu'ils défendent à tous les niveaux. A
l'intérieur d'abord, par le retour à des traditions anciennes comme la hutte
à sudation et la danse du soleil, mais aussi à l'extérieur sous les formes de
manifestations non moins authentiques mais dont l'un des caractères visibles
correspond à la définition donnée plus haut du tourisme culturel.
Les Cri, les Innuat (Montagnais), les Ojibwé, Amérindiens des forêts du Nord,
organisent aujourd'hui eux-mêmes des circuits touristiques, des initiations
à la vie des bois qui font découvrir aux visiteurs - un mot qu'ils préfèrent
à celui de touristes - les ressources et les beautés de l'environnement sylvicole,
ses richesse fauniques et floristiques. Ils créent aussi, de plus en plus, leurs
propres musées, comme celui qui a ouvert à Vancouver au début du XXIe
siècle.
Les Indiens d'Amérique du Nord font donc démonstration qu'il n'y a pas nécessairement
incompatibilité entre un tourisme bien conçu et autogéré et une revitalisation
de l'intérieur des valeurs traditionnelles. Le tourisme est ici davantage conçu
comme un échange, mais qui passe d'abord par le respect de l'Autre.
Si maintenant l'on se transporte vers le sud, on peut parvenir
en Guyane qu'il n'est plus besoin de préciser "française", puisque les voisins,
indépendants, s'appellent aujourd'hui Surinam (ex-Guyane hollandaise) et Guyana
(ex-Guyane anglaise). Mais, précisément, ce qui fait la particularité de la
Guyane tout court, c'est d'être le seul morceau de forêt tropicale dépendant
d'une administration d'un pays du Nord, d'un pays riche… Que fait-on pour protéger
cette vraie richesse ?
En Guyane, dès les années 1960, les scientifiques ont proposé de créer un parc
national pour protéger la biodiversité exceptionnelle de la forêt qui couvre
95% de la surface du département. Ce n'est que plus tard, que les travaux de
P. et F. Grenand chez les Wayãpi et de moi-même chez les Teko, appelés alors
Emérillons, révèleront que la biodiversité s'accompagne aussi d'une ethnodiversité.
Mais, paradoxalement, dans le même temps où l'on commençait à prôner la protection
de l'environnement, l'administration entreprit une politique dite sans honte
de "francisation" des Indiens occupant la forêt. Cette politique aboutit, en
1969, à la disparition du statut spécial de Territoire de l'Inini, à l'intérieur
duquel les Amérindiens pouvaient librement exercer leur mode d'être, de penser
et d'agir (avec, notamment, une économie fondée sur la chasse, la pêche, la
collecte et l'agriculture sur brûlis), et à la départementalisation de l'ensemble
de la Guyane. Dans ce cadre, cinq nouvelles communes furent créées dans le tiers
sud du département ; les trois ethnies amérindiennes de l'intérieur guyanais,
Wayana, Teko (Emérillon) et Wayãpi sont comprises dans deux de ces communes
: Maripasoula et Camopi.
La première idée rentable de "mise en valeur" des communes de la forêt, celle
qui permettait des profits immédiats, fut d'exploiter le filon touristique.
Il suffisait de jouer sur le ressort toujours tendu de la séduction du "sauvage",
et à Maripasoula, accessible par avion, mais aussi, dans une moindre mesure,
à Camopi, qu'on ne pouvait atteindre que par canot, on entreprit rapidement
l'aménagement d'hôtels et de gîtes pour accueillir les visiteurs.
R. Vignon, premier préfet de la Guyane en 1946, devenu maire de Maripasoula,
avec le minimum de réserve que la morale exige, prônait ainsi dans la presse
en 1970 une politique de développement touristique : " Jusqu'à présent, les
Roucouyennes [Wayana] n'ont pas vu plus de 1000 touristes. Ce qu'il faut c'est
limiter leur nombre. Ne pas faire venir des avions entiers de touristes, mais
des petits groupes comme le fait actuellement le Club Méditerranée. Ainsi l'évolution
se fera, sans heurts, bénéfique pour la Guyane. Vouloir leur apprendre à lire,
à écrire, essayer de les intéresser à la vie du pays, c'est, à long terme, tenter
de les assimiler complètement. Les Indiens de la forêt n'auront plus alors,
c'est vrai, beaucoup plus d'intérêt que ceux de la côte, dont certains déjà
travaillent à la base de Kourou. Les touristes y perdront. Mais cette assimilation
n'est pas encore pour demain. Les amateurs d'Indiens de Guyane, croyez-le bien,
ont encore de bonnes années devant eux " (Vignon, 1985).
Donc, pour ce haut fonctionnaire de la République, les Indiens, qu'ils classent
dans son autobiographie (1985) parmi les "populations primitives" de la Guyane,
avaient vocation à être l'objet d'un pseudo tourisme culturel pour les amateurs
de pittoresque et de couleur locale. Mais si l'on perçoit, au contraire, les
populations concernées comme constituées d'êtres vivants et pensants, porteurs
d'une culture digne d'intérêt comme toute autre, on est naturellement choqué.
Vignon, haut fonctionnaire de la République, qui, soit dit en passant, n'est
pas tendre avec les ethnologues, exprime ici toute la contradiction qui caractérise
le rapport - ou la non relation - qu'entretient l'Occident avec tout ce qui
ne lui est pas conforme, en particulier avec le "sauvage" : porteur de tous
nos refoulements, expressions de nos aspirations les plus secrètes, le "primitif"
séduit ; image de tout ce qui est interdit, anti-modèle de civilisation, il
fait peur, il répugne. En tant que préfet, Vignon favorise des actions tendant
à faire disparaître le sauvage, et c'est la "francisation" ; en tant que maire,
il joue sur l'autre tableau, sur la face séduisante et haute en couleur, du
primitif, et il encourage le tourisme.
Il importe peu, au fond, d'assimiler ou de ne pas assimiler : l'indigène sert
les intérêts des colonisateurs ou il ne les sert pas. La réflexion de Vignon
démontre, une fois de plus, l'hypocrisie foncière de notre civilisation et l'ambiguïté
constitutive du système de pensée occidental. L'Autre est nié dans tous les
cas, il n'a ni le droit d'exprimer un point de vue ni même celui de penser.
L'attitude du touriste moyen est, de ce point de vue, très démonstrative. Il
n'est nullement caricatural de dire que celui-ci visite un village amérindien
comme il visite un zoo.
L'incommunicabilité supposée, la fermeture, amène le touriste à traiter l'Indien
comme un "objet" dépourvu de sentiments et que l'on peut manipuler à loisir.
Dans un rapport en date de janvier 1970, le Dr. J.-M. Morel, médecin de secteur
à Maripasoula mettait l'accent sur le danger que représentait l'invasion touristique
consécutif à la création de la commune : " ce sont les maladies épidémiques
introduites par les populations importées qui amènent l'extinction progressive
des Indiens " (Morel, 1970 : 1). Mais il parlait aussi d'autres menaces
d'ordre moral et culturel dans un rapport qu'il remit au Directeur du Service
de Santé : " Les conclusions du rapport étaient formelles : pour préserver
la santé physique, mentale et sociale des indiens, il convenait d'interdire
l'exploitation touristique du Maroni. Hélas ! dans le vote qui suivit, mené
de main de maître par le sénateur Vignon [et maire de Maripasoula], le projet
favorisant le tourisme dans la commune fut adopté " (Ibid. : 6).
Ce projet d'exploitation touristique précisait, dans une annexe, que les touristes
ne descendraient pas dans les villages indiens, mais cette clause ne fut pas
respectée, comme en témoigne encore le Dr. Morel : " Chaque fin de semaine
voit arriver par avion son lot de 10 à 20 touristes, venus généralement du Club
Méditerranée de Guadeloupe pour un forfait de 1300 F. Sans perdre un instant,
ils s'entassent dans des canots et font intrusion dans les villages indiens.
Souvent ils y campent la nuit et reviennent chargés d'arcs et de flèches. Personne
dans la municipalité ne s'inquiète de la violation de l'arrêté pris au cours
de la 2ème séance [du conseil municipal] et stipulant l'interdiction de descendre
dans un village indien. Une fois cependant, le gérant de l'hôtel le rappela
à ses clients… campant au dehors, ils ne payaient pas leur chambre, d'où perte
de bénéfices pour lui. Certains de ces touristes sont d'une grande vulgarité,
ont des tenues indécentes ou extravagantes et se comportent à l'égard des Indiens
chez lesquels ils font irruption avec un manque de tact et une grossièreté inqualifiables.
Ils distribuent du vin et de l'alcool en dépit de tout ce qu'on peut prescrire
" (Ibid. : 8).
Dans la commune de Camopi aussi, peuplée elle à 98% par des Amérindiens, la
première idée du maire créole et des hommes politiques qui le soutenaient fut
d'entreprendre la construction d'un "relais pour touristes sportifs". Le Dr
Morel parlait à propos de ce développement touristique de proxénétisme puisqu'
" il s'agit de disposer arbitrairement d'un groupe humain, de sacrifier sa
santé et son avenir pour des motifs d'intérêt " (Ibid. : 8). Et le géographe
J. Hurault affirmait de son côté : " Le tourisme apparaît en définitive comme
l'une des entreprises les plus néfastes et les plus destructrices dont les populations
tribales puissent être victimes. Il ne peut conduire qu'à la destruction, à
la mendicité, à la prostitution " (Hurault, 1970).
C'est principalement sur l'argument de protection sanitaire que des médecins,
des ethnologues et quelques autres engagèrent une campagne médiatique destinée
à enrayer le fléau naissant. À un moment où l'ethnologue Robert Jaulin tenait,
dans les locaux du CNRS à Paris, un colloque sur L'Ethnocide dans les Amériques
(1970), quand les peuples autochtones commençaient à faire entendre leur voix,
les autorités décidèrent qu'il fallait faire quelque chose pour "nos" Indiens
français. Un arrêté préfectoral fut donc promulgué en 1970 soumettant l'accès
au pays indien au-delà d'une ligne joignant Camopi, sur l'Oyapock, au confluent
du Tampok et du Maroni à l'ouest du département, à l'obtention d'une autorisation
préfectorale.
Cette législation est toujours en vigueur aujourd'hui, mais de l'eau est passée
sous les ponts, et ce sont aujourd'hui les autorités municipales, amérindiennes
en ce qui concerne la commune de Camopi, qui délivrent le visa d'entrée en pays
amérindien. Progrès qui témoigne, sans doute, que les populations ont pris conscience
des dangers représentés par une éventuelle invasion touristique. Mais la mise
en place du Parc amazonien de Guyane, décidée en 2007, s'accompagnera, entre
autres conséquences, d'une abrogation de l'arrêté préfectoral ; et comme la
nouvelle législation sur les parcs nationaux implique que les parcs soient aussi
une source de profits, il y a tout lieu de craindre un retour en force de l'industrie
touristique. Il reste à souhaiter que les populations concernées - qui doivent
déjà gérer les graves problèmes posés par l'orpaillage sauvage - soient préparées
à ce nouveau flux extérieur et qu'elles puissent le contrôler. Que le tourisme
peut être une vraie rencontre où chacun s'enrichira humainement implique surtout
un changement d'attitude de la part des visiteurs, une reconnaissance que l'hôte
a bien plus à apporter que des images et des souvenirs de pacotille.
Il reste à espérer que ces réflexions de Brigitte Wyngaarde, chef coutumier
de la communauté arawak de Balaté et Présidente de l'association "Villages de
Guyane", n'aient pas un caractère prophétique lorsqu'elle parle du Parc comme
d'un " instrument d'assimilation, sans contrepartie " : " le Parc est une
puissante machine qui, peu à peu, va imposer sa loi écrite, ses pratiques administratives,
son état d'esprit, et finalement une certaine façon, de diriger le territoire.
Face à cette machine, l'oralité, la coutume, les usages, les institutions coutumières
seront faibles. On peut imaginer qu'avant dix ou vingt ans, l'identité "Parc"
se sera largement substituée à l'identité du Pays indien. Ce n'est pas la nostalgie
qui nous inspire, mais la préoccupation de savoir que cette évolution n'a été
ni lucidement appréhendée, ni librement acceptée par les sociétés communautaires
amérindiennes " (Wyngaarde, 2007 : 9).

Dans la région du Grand Canyon, Etats-Unis
(photo: Eric Navet)
Notes
1. Il est publié par l'Huronia Historic Sites and Tourist Association.
2. Les missionnaires jouaient volontiers le rôle d'agents recruteurs pour les armées coloniales, et ça n'est pas sans raison aussi que les Amérindiens les accusaient d'être responsables des épidémies qui les décimaient. Aujourd'hui, les Iroquois, non sans ironie, remarquent que l'Eglise devrait leur être reconnaissante d'avoir permis à certains de ses membres d'accéder au grade le plus enviable de martyrs, un destin auquel aspirait tout missionnaire propagateur de la "vraie foi".
3. Signalons le site de Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons qui reconstitue, sur les rives de la baie Georgienne, le quartier général de la mission des jésuites en territoire huron au 17ème siècle. Un musée, un restaurant complètent cet ensemble touristique.
4. Il est probable que le sud du Groenland bénéficiait alors d'une température relativement clémente susceptible de favoriser une certaine végétation.
5. On ne compte pas le nombre d'ethnies de l'Est entièrement exterminées par la violence coloniale, un exemple des plus typiques étant celui des Beothuks, premiers habitants de Terre-Neuve.
6. La noosphère est, selon Edgar Morin : " la sphère des choses de l'esprit, savoirs, croyances, mythes, légendes, idées, où des êtres nés de l'esprit, génies, dieux, idées-forces, ont pris vie à partir de la croyance et de la foi " (Morin, 2001 : 38).
7. Elle fut d'abord appelée "Loi sur les sauvages".
8. "qui foule aux pieds les lois et les sceptres".
9. Les métis sont actuellement considérés au Canada comme la troisième composante autochtone du Canada, conjointement avec les Inuit et les Amérindiens.
10. L'image du Vanishing Indian ("l'Indien qui disparaît") est très présente dans la littérature de la fin du 19ème siècle.
11. Allusion au célèbre tableau de F. Remington, The End of the Trail, qui montre un Indien la tête penchée sur l'encolure de son cheval, désormais sans autre horizon que de se civiliser ou de disparaître. Cette idéologie est d'ailleurs officialisée par une statue en bronze représentant ce même tableau devant un bâtiment du gouvernement américain.
12. Il fallait souvent une autorisation de l'agent local des Affaires Indiennes pour pouvoir sortir de la réserve.
13. Les bonnes dames de la société britannique expédiaient à grands frais des vêtements décents aux Indiens des réserves et des pensionnats.
14. Voir, par exemple, dans l'ouvrage de Tahca Ushte et R. Erdoes, De mémoire indienne (1977), le second chapitre qui s'intitule : "Ce fusil du musée de New York est à moi".
15. Ce n'est manifestement pas de gaîté de cœur que certains Amérindiens se font photographier en grande tenue avec plumes et vêtements de peaux, contre une pièce ou deux, à l'angle des rues de Cherokee, en Caroline du Nord.
16. La plupart des rites et cérémonies qui structuraient la vie culturelle et spirituelle des Indiens d'Amérique du Nord, comme le potlach des Indiens de la Côte Pacifique et la Danse du soleil des Indiens des Plaines, ont longtemps été interdits par la loi.
Bibliographie
Audubon, John James, 1845 : Journal du Missouri.
Catlin, Georges, 1959 : Letters and Notes on the North American Indians, Ross & Haines.
Cranston, J. Herbert, 1951 : Huronia, Cradle of Ontario's History, Huronia Historic Sites and Tourist Association.
Curtis, Edward S., 1907 : The North American Indian.
Descola, Philippe, 2005 : Par delà nature et culture, Paris, Gallimard.
Highwater, Jamake, 1984 : L'esprit de l'aube, vision et réalité des Indiens d'Amérique, Paris, L'âge d'homme.
Hurault, Jean-Marcel, 1970 : " La francisation des Indiens de Guyane ", Fait public, n°16, mars 1970.
Ingold, Tim, 1986 : The Appropriation of Nature : Essays on Human Ecology and Social Relations, Manchester, Manchester University Press.
La Hontan, 1973 : Dialogues avec un sauvage, Paris, Editions sociales.
Morel, Dr. Jean-Marie, 1970 : Observation faites d'octobre 1965 à novembre 1968 à Maripasoula en tant que médecin de secteur, Rapport de diffusion restreinte du 24 janvier 1970.
Morin, Edgar, 2001 : La méthode, 5. L'humanité de l'humanité, L'identité humaine, Paris, Seuil.
Origet du Cluzeau, C., 1988 : Le tourisme culturel, Paris, Gallimard (Que sais-je ?).
Riverain, Jean, 1966 : Dictionnaire des explorations, Paris, Larousse.
Tahca Ushte, Erdoes, Richard, 1977 : De mémoire indienne. La vie d'un sioux voyant et guérisseur, Paris, Plon (Terre humaine).
Vignon, Robert, 1985 : Gran Man Baka, Editions Davol.
Wyngarde, Brigitte, 2007 : " Le parc national de Guyane : comment se débarrasser de la question autochtone ", Les nouvelles de Survival : le Parc national de Guyane, 64, printemps 2007, pp. 6-9.
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Réserve des Cherokee en Caroline
du Nord, Etats-Unis |
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L'auteur
Eric Navet est ethnologue, professeur et directeur de l'Institut d'Ethnologie à l'Université de Strasbourg (UdS).