Siddharta, Lettres du Gange, Paris, Ed. Charles Léopold Mayer-L’Aube, 2001, 108 p.

 

Ce recueil de textes réunit des articles autour de l’immondialisation (une appellation qui, au passage, est devenue en 2004, le titre d’un journal plus que recommandable !) et de ses effets dans les pays du Sud, en Inde tout particulièrement. Des portraits de personnes, de villes, de corporations, de lieux, de transit, mais aussi de drames. Ainsi, est-il troublant de lire ce texte (de février 2001) intitulé « Voix muettes d’un tremblements de terre » et qui semble résonner, amèrement, avec la tragédie du tsunami qui a ravagé les côtes asiatiques fin décembre 2004. Chaque portrait dépeint une facette de son pays natal en inscrivant résolument l’Inde contemporaine à la fois dans sa riche histoire et dans une modernité discutable, avec ses espoirs déçus, ses réussites et ses faux pas… Surtout, ces écrits engagés dénoncent, non sans poésie, la vision occidentale de la mondialisation. Un regard du Sud susceptible d’éclairer les voix dissonantes du Nord. L’auteur, écrivain-journaliste et militant en faveur d’une autre mondialisation, s’inspire de l’héritage gandhien, par exemple lorsque celui-ci relevait « qu’il existait suffisamment de biens matériels pour satisfaire les besoins de tous les hommes, mais pas assez pour satisfaire l’avidité d’un seul ». Plus loin, l’auteur, qui est également l’un des animateurs les plus actifs de l’Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire (étroitement associée à la Fondation Charles Léopold Mayer), diagnostique l’état lamentable de l’Inde, en fait de la planète entière : « C’est le marché qui détermine ce que le paysan devra planter, disent les économistes. Selon cette logique, il est normal de passer de la production de nourriture pour les populations locales à la production de fleurs pour les monarchies du désert ».

« Pistaches, fusils et la cuisine en or » retrace le voyage au Pakistan, puis la traversée de la passe de Khyber. En route vers Kaboul, Pathans, Talibans et autres Afghans se partagent le butin des marchandises et marchadages d’usage en ces lieux. Rédigées en janvier 1999, ces lignes ne sont plus vraies : « L’Afghanistan est en guerre contre lui-même, des frères y tuent leurs frères, tandis que leurs sœurs étouffent sous le poids de lois médiévales ». Le prochain chapitre conte l’histoire d’un coup de foudre avec un livre et son auteur – Freedom Song de Amit Chaudhuri – dont la lecture rend l’optimisme un temps perdu à l’écrivain ici lecteur. Et Siddharta rencontrera Chaudhuri par hasard – mais est-ce vraiment un hasard ? – un peu plus tard à Londres. Ensemble ils discutent des raisons qui poussent encore à écrire. Siddharta cite enfin ce propos lâché par son nouveau compagnon d’écriture : « J’ai l’impression que ne pas savoir est une forme de savoir »… Au total, un petit ouvrage qui redonne sens au combat et aux idéaux de justice et de fraternité : « L’Individu est incapable d’aimer ; seule la Personne le peut » écrit si justement Siddharta

 

Franck Michel