Le Détour, « Sexe, identités et sacré », Strasbourg, 1er semestre 2004, 308 p.

 

Après un éditorial qui donne la libre parole à Eduardo Galeano, la revue Le Détour consacre un intéressant dossier aux liens intrinsèques entre sexe et sacré. Une dizaine de chercheurs questionnent ce thème qui privilégie ici la réflexion autour des femmes. Entre histoire et anthropologie, André Rauch ouvre le ban avec un texte sur « le droit au corps des femmes », vaste sujet toujours d’actualité. Sont ensuite analysés la différence sexuelle à travers la jouissance, le rôle du sacré dans l’histoire des femmes d’Europe du Nord, les petites annonces entre quête érotique et demande de mariage… Le sexe est ensuite abordé dans la littérature africaine, avec l’exemple de l’œuvre romanesque d’Ahmadou Kourouma, où la place de la sexualité est essentielle. Des interrogations très actuelles, autour des dérives de notre société et de la dégradation des rapports sociaux, apparaissent à la lecture des trois textes qui clôturent ce passionnant dossier : le premier traite de l’épineuse question de la sexualité en milieu psychiatrique, le second de cette « dernière distraction sexuelle à la mode » qu’est le sado-masochisme, le troisième et dernier discute des notions de propriété, de possession et de consommation de la chose – et notamment de l’objet – sexuelle. Un dossier fort bien ficelé où le lecteur comprendra que le sexe s’immisce désormais dans les moindres recoins de notre vie sociale. Ah que le féminisme semble loin ! De la publicité à la pornographie, de la place du sexe et de celle de la femme dans notre société, de l’enfer des tournantes et de la récurrence du machisme au risque d’un retour à l’ordre moral voire religieux et/ou réactionnaire, le sexe est sur toutes les lèvres et dans toutes les bouches. Si l’on peut dire ! Bref, on n’y échappe plus. Dans ce contexte, il apparaît urgent de repenser une sexualité à visage humain afin d’éviter les débordements, hélas non pas sexuels, mais barbares. En abordant justement les questions sexuelles, le dossier de ce numéro du Détour contribue à cette (re)prise de conscience.

 

Franck Michel