Jim Butcher, The Moralisation of Tourism. Sun, Sand… and Saving the World ?, Londres, Routledge, 2003, 165 p.

 

Ce n’est pas un scoop, voilà belle lurette que le tourisme à prouvé ses limites dans ses prétentions hautement affichées et déclamées concernant le développement des régions visitées, traversées, et finalement encore et toujours exploitées. C’est la tache à laquelle s’attelle dans cet ouvrage Jim Butcher, avec brio et détermination, des vertus rares dès lors qu’on traite de « tourisme durable ». L’auteur s’évertue notamment à critique le discours politiquement correct qui affuble la nouvelle idéologie qui se cache derrière un tourisme qui serait « clean », vierge de toute souillure… Ne vaudrait-il pas mieux encourager un discours plus pragmatique – en fait moins surréaliste et parfois délirant – dès lors qu’il s’agit d’évoquer le sort des populations autochtones, les visités. Ceux souvent pour qui les miettes laissées par l’ingérence du tourisme international font office de plat de résistance… L’auteur interroge les formes « alternatives » de tourisme, leurs mythes et leurs réalités : écotourisme, tourisme éthique, solidaire, d’aventure, etc. Il analyse le discours, en particulier l’idée très marketing qui voudrait faire croire – avec ou sans raison – que telle ou telle forme de « new alternative tourism » serait « moralement supérieur » au tourisme dit classique. Avec d’autres, Jim Butcher constate pourtant – exemples à l’appui – que le tourisme des marges rejoint très rapidement l’autoroute du voyage consensuel. D’ailleurs, le « nouveau touriste-moraliste » produit sur son passage d’incontrôlables effets tant sur le visiteur traditionnel qui est en vacances – « the holidaymaker » - que sur les populations hôtes. Certes, le voyage tout en douceur, celui qui se veut respectueux des milieux traversés et à l’impact minimum sur les autochtones, est encore la meilleure solution dans le vaste supermarché du voyage qui occupe les moindres recoins de la planète. Mais comment identifier les « bons » des « mauvais » touristes ? Faut-il distribuer des bons points ? Et quel usage – pensons à la récupération commerciale ! – sera-t-il fait de ces nouveaux comportements touristiques ? The Moralisation of Tourism remet donc en question la confortable idée qui prétend toujours que le tourisme de masse serait destructeur et le tourisme nature serait au contraire « éthique ». Les choses s’avèrent en effet, quoi qu’en dise l’industrie touristique, bien plus complexes ! Un livre qui remet les idées reçues sur le tourisme sur une autre voie que celle prônée par les médias et autres professionnels du voyage… Indispensable pour repenser les voyages d’avenir.

 

Franck Michel