Boris
Martin, ed., Voyager autrement,
Paris, Ed. Charles Léopold Mayer, 2002, 170 p. Dans cet ouvrage, centré sur l’idée de « voyager autrement »,
Boris Martin, coordinateur, propose un recueil d’entretiens et de textes
sur le tourisme, ses avancées mais aussi ses dérapages, qui forme au
final un état des lieux du tourisme responsable et durable. Dans une
belle préface, Thierry Paquot revient sur
les distinctions entre touriste et voyageur : « Le tourisme
est la phase monétarisée, marchandisée, de l’histoire des voyages. La rencontre dans
ce cas est impossible, elle n’appartient pas au programme », et
plus loin : « Le tourisme est au voyage ce que le consensus
est à la politique : à savoir, le minimum à partager, alors même
que la tension, la contradiction dynamisent la démocratie somnolente
et que le voyage s’enrichit des retards, des inattendus ». Le philosophe
et urbaniste critique avec raison les aspects artificiels du tourisme
de masse, tout en se gardant de faire la morale car : « le
voyageur que nous rêvons d’être rivalise avec le touriste que nous sommes
plus souvent que prévu ! ». D’ailleurs, si les méfaits du
tourisme de masse sont indéniables, on peut s’interroger sur les effets
du tourisme dit équitables… Dans le texte suivant, Boris Martin rappelle
qu’aujourd’hui, malheureusement, « l’alibi du voyage ‘pur’ face
au tourisme ‘perverti’ ne tient plus ». Puis, cela semble quasiment
relever de la fatalité, « la thématique du tourisme équitable ne
peut prendre greffe que sur l’arbre bien enraciné que représente le
tourisme conventionnel ». C’est là, sans doute, que le bât blesse,
car le pire est toujours à craindre, surtout dans ce secteur économique
– le tourisme – particulièrement exposé aux vents les plus forts de
tous les excès du libéralisme. Boris Martin considère fort
justement les limites d’un tourisme équitable dont l’un des écueils
les plus visibles réside dans la forme d’élitisme social qu’il tend
à favoriser. La question de voir se développer un clivage entre d’un
côté un tourisme de masse pour les pauvres et de l’autre un tourisme
équitable pour les riches, n’est pas à écarter, elle devient même évidente
de nos jours. Quatre parties composent le corps de l’ouvrage. 1) « Le
tourisme ou l’ambiguïté destructrice » : Céline Trublin
évoque l’association Agir Ici qui a fait campagne sur le thème « Quand
les vacances des uns font le malheur des hôtes », Dora Valayer
et l’association Transverses insistent sur l’urgence d’une éthique dans
le domaine du tourisme international. Deux textes traitent l’un des
ravages culturels du tourisme en Himalaya, l’autre des ravages naturels
constatés à Djerba en Tunisie, deux cas concrets de dégradations liées
au « développement » touristique ; 2) « Repenser
le tourisme : le besoin d’équité » : série d’entretiens
et de textes avec des acteurs associatifs ou professionnels sensibles
à la question de le mise en place d’un autre tourisme ; 3) Un
nouveau tourisme en action : plusieurs expériences de « terrain »
sont ici évoquées, elles tendent à renforcer l’idée que voyager autrement
est possible : les villages d’accueil au Burkina Faso, l’écotourisme
mis en pratique par les populations indiennes en Equateur, le tourisme
vert en Mauritanie, le réveil culturel au Laos et le renouveau architectural
au Maroc, un projet touristique réalisé par la communauté mapuche au
Chili et un autre en Albanie, autant de voies qui s’engagent vers un
autre tourisme, plus respectueux des peuples et des cultures autochtones ;
4) Retourner le miroir : les nouvelles formes de tourisme
en question » : rendre le tourisme équitable est certainement
un vœu pieu, mais lutter pour cette cause est déjà s’attaquer à rendre
l’expérience touristique plus humaine et son impact moins nocif. Si
l’équité est impensable, le tourisme peut néanmoins devenir « plus
juste »… Un combat de longue haleine qui laissera au bord du chemin
des vacances beaucoup de perdants… Pour terminer, revenons à la préface de Thierry Paquot, et constatons avec lui qu’une forme possible d’avenir
radieux dans l’univers impitoyable du tourisme bizness de masse n’est
envisageable que dans la rupture totale avec le tourisme tel qu’il est
pensé et conçu à l’heure actuelle : « Rompre avec le tourisme
de masse ne revient pas à le moraliser (respecter la population d’accueil,
ne pas se comporter en territoire conquis, payer le juste prix, condamner
le tourisme sexuel, etc.), mais à s’y opposer et à préconiser le voyage,
et le temps et l’espace qui vont avec ». Un vaste territoire à
défricher, à revisiter… Franck Michel |
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