Josette Sicsic, ed., Annuel de Touriscopie : Tableau de bord 2005, « 50 ans de consommation touristique 1950-2000 », Tome 1, Paris, Touriscopie, n°68, janvier 2005, 105 p.

 

Cet annuel de Touriscopie – revue mensuelle sur l’actualité et les tendance du tourisme à destination des professionnels – fait le point sur « 50 ans de consommation touristique ». Un premier tome qui traverse un demi-siècle de notre histoire et plus encore de nos vacances. Un retour à ces années cinquante, glorieuses et froides, qui se caractérise par l’essor du tourisme au sein de l’ensemble des couches de la population française. C’est aussi le temps de la 2CV, du camping et du tourisme social, ces dérivés vacanciers et routiers des fameux congés payés, étendus à trois semaines en 1956. Les corps s’étendent aussi plus nombreux sur les plages et la montagne se transforme en destination touristique et en hiver plus précisément en station de ski. C’est aussi l’époque où le béton s’installe, l’aménagement du territoire s’improvise et qui voit le début des bouchons sur les toutes nouvelles autoroutes… Ce « Tableau de Bord 2005 » s’intéresse ensuite aux bouleversantes années soixante, puis à l’évolution des pratiques touristiques des Français jusqu’à nos jours. Enfin, chaque partie se clôt par un réflexion sur les « tendances du futur », très intéressantes pour savoir où va le tourisme de demain et où iront ces nouveaux touristes en gestation, dont les rites de consommation dépendent de plus en plus des effets incontrôlables de la mondialisation, avec son lot d’instabilités géopolitique, professionnelle, familiale et autres, le tout sur fond de bruitage des médias devenus fous… Dans un tel contexte, Josette Sicsic, qui a dirigé ce numéro spécial, considère d’emblée qu’il s’agit bien d’ « inventer le futur à partir de la lecture du passé ». Car, finalement aussi, l’industrie touristique « doit contenter des désirs d’évasion, de détente, d’émotion… profondément humains qui, d’un siècle à l’autre, varient somme toute fort peu. Outre les apports technologiques et le contexte économique ». L’ouvrage se décline en cinq grands chapitres dont les titres précisent le contenu : 1) De la pratique du tourisme à la consommation du tourisme ; 2) Des territoires touristiques en mouvement ; 3) Les transports se modernisent ; 4) Hébergements : les essentiels se renouvellent ; 5) Loisirs : une civilisation s’installe. Au final, on voit que le tourisme connaît moins la crise que d’autres secteurs, et surtout que les tendances du futur font un clin d’œil au passé : mode des « retours » en tout genre (nature, terroir, authentique…) avec son lot de fantasmes et d’illusions, mais aussi quête de sens et priorité à la qualité de vie, bref un retour à l’essentiel, tantôt aux valeurs, tantôt à l’humain… En conclusion, on lit en effet qu’ « il semble que le vent de l’écologie soit aujourd’hui très fort et que la demande majoritaire tende plus vers une consommation de territoires non domestiqués et de produits touristiques teintés des valeurs en cours dans les années 50 »… En période de crise, ou plutôt de mutation, on est jamais mieux servi que par le passé. Pour le meilleur et le pire. Le tome 2 de ce « Tableau de Bord » paraîtra en décembre 2005, il peaufinera ce qui a été ici joliment entamé. Surtout, ce premier volume constitue un outil très utile à ceux qui s’intéressent aux réalités du tourisme d’aujourd’hui et s’interrogent sur les tendances de demain, dans un secteur – forcément – en grand mouvement.

 

Franck Michel