Les coulisses du tourisme durable
Un dialogue Occident-Afrique confus: le cas du sud-est du Sénégal
par Delphine Romano
Sénégal, Teranga, tu es l’inconnu, le visiteur, l’hôte d’une famille Peul, Mandingue, Bambara ou Diolla. Le Sénégal s’ouvre à toi. Tu manges le Niangatan avec le Nietetou et le piment. Ils partagent le plat avec toi. Ils font leur boulettes de riz et toi tu essaies mais tu es plus habitué à la cuillère. Le sens du voyage se trouve là. Tu essaies de les comprendre. Ils essaient de te comprendre mais rien n'y fait, l’Afrique et l’Occident se côtoient depuis des siècles, l’incompréhension subsiste.
D’un côté on a l’homme occidental, entouré d’un environnement
stressant, pollué, bruyant, uniforme. Il se crée alors le besoin d’un ailleurs.
Un ailleurs qui, dans son imaginaire, s’appelle « exotisme ». Il recherche une
authenticité qu’il définit selon sa vision occidentale. L’authenticité, dans
ce cas là, est le contraire de la notion de superficialité qui caractérise les
pays industrialisés. C’est la saturation d’un monde trop programmé qui pousse
l’Occidental à se tourner vers la nature, le mode de vie et les savoirs-faire
des populations qui vivent dans le Tiers Monde. L’Occidental souhaite une rupture
pour revenir aux valeurs essentielles. Il souhaite renouer avec un passé « ancestral »
qu’il n’a d’ailleurs jamais connu.
Ainsi, selon la loi de la consommation de masse, même les voyages se sont uniformisés.
Le touriste occidental désire dès à présent voyager de manière différente, en
dehors des sentiers battus.
De l’autre côté, on a l’homme africain qui cherche à partir pour des raisons
de survie ou de vies meilleures. Il vise la traversée de l’Océan dans le but
de gagner de l’argent et ensuite de construire une maison.
La plupart de la population au Sénégal ne peut pas partir en Occident.
Et lorsqu’elle désire partir, c’est pour aspirer à une vie meilleure ou faire
des études (pour une tranche aisée de la population). Face à l’apathie des gouvernements,
l’obtention de visas pour avoir le droit de fouler le sol européen s’avère très
difficile. Les Africains partent alors clandestinement coûte que coûte même
si leur vie est mise en jeu. Rien n’est plus important que de partir. Pour certains,
il est préférable de mourir en plein océan plutôt que de revenir avec l’échec.
Pour la famille, une honte grandissante met l’immigrant clandestin dans une
position de déshonneur.
La rupture se distingue d’ores et déjà. L’ère des activités, des loisirs en
Occident va bon train alors qu’en Afrique, le terme « vacance » n’existe pas.
Dans un climat aussi inégalitaire, quel peut être le ton du dialogue ?
Nouvelle colonisation des esprits: le tourisme. Défini aujourd’hui
comme base de développement pour des sociétés démunies par les pays industrialisés,
il s’amplifie dans des régions très peu développées du monde. C’est une solution
préconisée par l’Occident pour lutter contre la pauvreté et l’immigration depuis
l’apparition des notions d’équité et de solidarité dans les textes internationaux.
Ici, il sera question d’écotourisme. Selon les différentes définitions dans
la littérature internationale, c’est une forme de tourisme qui vise à sauvegarder
non seulement l’environnement naturel mais aussi l’environnement humain. L’activité
se déroule souvent dans des régions naturelles, comme les zones rurales, agricoles.
Et les populations locales doivent être actrices et non spectatrices d’une activité
quelle qu’elle soit qui exploite leur propre matière première.
L’écotourisme est apparu comme une solution aux effets négatifs engendrés par
le tourisme de masse qui dépouillait les communautés locales de leurs propres
ressources et qui les laissait en marge. Elles se trouvaient soumises aux grandes
multinationales étrangères. Le tourisme, comme nous le savons se développait
à l’insu des populations.
Ainsi, le développement écotouristique incite et sollicite les populations pour
qu’elles soient elles-mêmes des « porteurs de projet ». In fine, elles
pourront en partie vivre de l’activité touristique. Les populations hôtes doivent,
en effet, avoir une approche participative aux projets concernant en l’occurrence
l’écotourisme et que par conséquent, elles bénéficieront des retombées économiques
et socioculturelles. Ces dernières pourront alors être les sources de développement
des régions très marginalisées. Tel est le discours de la communauté internationale.
Partant de ce point, je désirais confronter la conceptualisation des textes
avec la crédibilité de leur concrétisation sur le terrain. Je partis alors pour
un stage de 4 mois dans la région de Tambacounda, le sud-est sénégalais.
Cette région peut être considérée comme un véritable « laboratoire »
car elle correspond tout à fait aux « critères » de l’écotourisme. C’est une
région rurale qui vit principalement de l’agriculture. Elle jouit aussi de la
position du Parc National du Niokolo Koba, classé Patrimoine Mondial par l’UNESCO.
Je partis l’esprit sain et plein d’espoir. Je désirais étudier et évaluer les
retombées économiques et socioculturelles qui découlaient directement ou indirectement
de l’activité écotouristique. Ainsi j’ai cherché à répondre aux questions suivantes :
quelles sont les retombées pour les populations locales ? Ont-elles un réel
intérêt dans le développement de l’écotourisme ? L’écotourisme peut-il être
vecteur de développement ? Ou bien intervient-t-il plutôt à un certain niveau
de développement de la région? Et le cas échéant, quel niveau de développement
serait nécessaire à la mise en place de l’écotourisme ? Toute ma recherche était
centrée sur les populations hôtes car je trouvais que les textes faisaient toujours
allusion à la protection de l’environnement et qu’ils ne mettaient pas vraiment
l’accent sur les communautés qui recevaient les touristes. Il faut tout de même
remettre les idées en place. L’environnement, c’est important mais qu’en est-il
de la situation des populations hôtes face à ce tourisme ?
J’étais très enthousiaste d’expérimenter et de vivre dans un campement
écotouristique de la région de Tambacounda. C’est une région au climat très
rude. Dans la localité où je me trouvais, la température en saison sèche avoisinait
souvent les 45 °C. C’était une vie étrange. Entre 12h et 17h, les activités
s’arrêtaient complètement. Il était difficile de sortir sous cette chaleur accablante.
Je découvris alors une vie ancrée dans des traditions fortes, la religion y
était pour quelque chose. Mais le temps passé avec les familles et les amis
me fit apprendre le rythme sénégalais et qui plus est tambacoundois. Palabrer
pendant des heures et saluer plus longuement que chez nous devenaient des habitudes
quotidiennes.
Le campement où j’effectua mon stage possédait une nature assez riche. Il comptait
environ dix cases, fabriquées en matière traditionnelle. Il était équipée d’un
retaurant-bar.
L’atmosphère y était paisible. On entendait les oiseaux et au loin les pillons
des femmes dans les champs avoisinant. Parfois les enfants frappaient des mains
et dansaient les danses traditionnelles. Le muezzin se faisait entendre lors
des appels à la prière. C’était un cadre enchanteur. Un cadre harmonieux, aux
équipements très modestes, mais qui avait son charme surtout pour attirer des
routards ou des éco-touristes. Le campement avait en effet pour but d’accueillir
des touristes qui allaient ensuite poursuivre leurs pérégrinations dans le Parc
Niokolo Koba et dans le sud de la région.
L’envers du décor fût déconcertant. La gestion écologique et surtout
éthique me glacèrent. Mais j’insisterai surtout sur le côté éthique. Il suffisait
de voir comment des hommes malins ou ayant eu un peu plus d’éducation scolaire
que les autres pouvaient en manipuler certains. Le détournement d’argent dans
ce genre de structure est un vice enfantin. Pendant que certains membres de
ce groupement attendaient sagement de voir les retombées économiques du campement,
le gérant se remplissait les poches. Il équipait l’intérieur de sa maison (et
non de sa case) pendant que ces collègues attendaient d’avoir de l’argent pour
acheter le riz, plat de base pour nourrir toute la famille.
L’honnêteté n’était pas au rendez-vous. Mais remettons la situation dans son
contexte : vivant parfois dans une misère extrême, il était compréhensible que
l’argent arrivant « à foison » d’un partenaire français soit la manière la plus
facile de gagner de l’argent. Néanmoins, vous l’avez bien compris, cet argent
devait profiter à tout le groupement. Il avait été envoyé dans le but de construire
d’autres cases ou d’améliorer le campement. Il me fallut du temps pour comprendre
que le campement ne fonctionnait pas.
Je ne voyais pas de touristes ou quelques routards par ci par là. Je questionnais
alors les membres du groupe. On me disait que c’était la basse saison (on rentrait
progressivement dans la période de l’hivernage). Depuis mon arrivée, il y eut
une seule réunion. Elle se fit dans le but de me présenter. Après deux mois
de stage, j’appris par hasard que le trésorier du groupement avait écrit une
lettre de démission. Ces raisons étaient explicables : pas de transparence dans
les factures et donc dans la comptabilité. Découlait de cette mal gérance, l’impossibilité
de rémunérer les employés. Le gardien et le jardinier travaillaient tout de
même, de peur de perdre leur travail. En partant, ils n’auraient peut-être pas
trouvé mieux. Ils n’avaient en quelque sorte pas le choix, c’est le système
qui veut cela. S’ils partaient de leur travail, d’autres auraient pris leur
place, et le gérant n’aurait peut-être pas ressenti le moindre scrupule.
C’est alors que le tourisme durable me montra ses premières failles. Il se déploya
comme un outil supplémentaire au mensonge, à l’escroquerie et aux notions de
dominant/dominé. Les valeurs morales se confondaient avec les valeurs commerciales.
C’est à ce moment là que j’ai touché du doigt les travers d’une société qui
prônait l’économie équitable et la protection de l’environnement.
Les pays industrialisés glorifient le développement durable. Mais comment peuvent-ils aussi fâcheusement le préconiser ou l’élargir au reste du monde ? Parallèlement à cette situation indubitablement courante dans le monde entier, la région éprouvait des difficultés au sein de son développement écotouristique. Pour ne pas que citer le manque d’honnêteté et de transparence dans ce genre de projet, il est important de noter qu’à la base de la création du parc Niokolo Koba, des conflits ont toujours existé. Mon vécu dans la région me permis alors de déceler certains freins au développement. Je remarqua petit à petit que le développement de l’écotourisme de la région s’avérait débridé, sans aucune cohérence.
Prenons l’exemple du Parc. Certaines personnes me confièrent que
le Parc, en matière de développement, était un réel échec. Créé en 1954, il
est aujourd’hui classé Réserve de la Biosphère par l’UNESCO. Certains Sénégalais
n’avaient pas peur d’appeler cela de « l’intégrisme environnemental » car le
parc est beaucoup trop vaste et « vide ». La conservation pure et dure a entraîné
des conflits. Les populations ont été privées de ressources qu’elles avaient
auparavant quotidiennement. Elle se servirent à l’extérieur de la limitation
du parc et se trouvèrent face à une pénurie de bambous. Elles ne comprennent
toujours pas pourquoi elles n’ont pas accès au parc alors qu’elles en ont besoin.
C’est pourquoi certaines personnes luttent pour une conservation intelligente
du parc où tout le monde serait satisfait. Des visions macro et micro se confrontent
c’est-à-dire qu’il est une fois de plus complexe de mettre en œuvre sur le terrain
ce que préconisent les textes nationaux et internationaux sur la conservation.
Les spécificités des différentes localités ne sont pas prises en compte.
Lorsque le parc s’est créé, plusieurs dizaines de villages ont été délogés.
Les populations locales se sont toujours senties lésées car leur désir n’a jamais
été considéré. Ce n’est qu’à partir d’aujourd’hui qu’il y existe une cellule
destinée à aider les populations locales, au siège de l’administration du parc.
L’ignorance des peuples originaires de la localité du parc a tout de même duré
plus de cinquante ans. Puis, les disparités au sein des familles se sont faites
ressentir. Les grands-pères ont été expulsés du parc, aujourd’hui ce sont leurs
petits enfants qui deviennent guides touristiques ou pisteurs. Il y a donc un
décalage de générations et parfois une scission au sein d’une même famille car
les cadets ne comprennent pas les plus anciens ou vice-versa.
Où se trouve alors « le bien-être des communautés locales » (définition
de l’UNAT sur l’écotourisme) dans ce cas précis ? C’est pourquoi la biodiversité
comme base de développement économique et social pour les communautés locales
dans la région de Tambacounda s’est avéré pendant longtemps un leurre. De plus,
quelle analyse peut-on faire du développement écotouristique de la région lorsqu’on
remarque que de plus en plus de sénégalais, à la base guides touristiques, souhaitent
construire leur propre campement. Un capitalisme sauvage apparaît car ils y
voient forcément un résultat lucratif. Ces personnes, la plupart du temps, ne
sont pas du tout formées à ce genre de projet. Quel en sera le résultat ?
Et où se trouve la cohérence de la politique de développement sur l’écotourisme dans
ce cas là?
L’Etat sénégalais a en effet voulu lancer l’écotourisme comme nouvelle activité
touristique. Cependant, il a omis d’adapter des formations pour les personnes
qui souhaitaient se diriger dans ce secteur. Les riverains sont en effet souvent
mal impliqués et sensibilisés aux produits touristiques qui leur échappent.
Les « guides touristiques » ont obtenu leur carte professionnelle de guide en
assistant à des forums seulement.
Parlons maintenant de la responsabilité des pays industrialisés.
Nous sommes les premiers à avoir vanté la société de consommation de masse.
Nous l’avons préconisée au pays en développement en élargissant nos désirs au
reste du monde. Mais nous avions « oublié » que nous nous adressions à des sociétés
qui étaient dans des économies de subsistance. Il est évident que face à une
demande croissante d’exotisme et d’envie d’ailleurs, les pays en développement
ont su y répondre. L’historique de l’activité touristique au Sénégal nous le
montre parfaitement. Elle n’est devenue qu’un secteur économique important voire
prioritaire dans les années soixante-dix. Et n’oublions pas que ce fut encouragé
par les organismes internationaux comme la Banque Mondiale ou l’Organisation
Mondiale du Tourisme. Le Sénégal a décollé touristiquement grâce à une politique
incitative. De nombreux avantages financiers et fiscaux attiraient les promoteurs.
C’est ainsi que le Sénégal devint la porte de l’Afrique proposant des vacances
exotiques.
La Petite Côte au Sénégal, destination par excellence du tourisme de masse,
est aujourd’hui une des régions les plus touristiques et les plus mitées du
Sénégal. A l’heure actuelle, les organisations internationales proposent le
tourisme durable et les pays en voie de développement suivent de nouveau ce
créneau pour être en osmose avec la volonté de la communauté internationale.
En réalité, c’est une réelle diversification pour ces derniers, la demande existe
alors pourquoi ne pas en profiter !
Les pays occidentaux ont spolié les pays du Sud en important les
notions de consommation et de profit. Des éléments sont maintenant sujet de
discorde dans les communautés : l’argent et les finances. Ce sont toujours des
éléments critiques qui divisent les communautés.
L’écotourisme et ses valeurs éthiques soulèvent des questions. Depuis que les
campements se sont développés dans le Sénégal oriental, une très fine partie
de la population s’est « occidentalisée ». Certains sénégalais trouvent cela
aberrant car les filles ne mettent plus le pagne mais plutôt des jeans. L’écotourisme
est alors aussi facteur de changements socioculturels même si c’est à la base
un concept éthique. Selon certains sénégalais, c’est une perte de valeur, de
traditions et d’identité.
L’arrivée de touristes dans la région a une connotation très positive car cela
donne une dimension, une image au village (qu’il n’avait pas auparavant). Et
ces touristes « laissent toujours quelque chose en repartant : des médicaments,
des fournitures scolaires ou de l’argent aux familles ». Cette vision africaine
nous fait prendre conscience que notre éducation est très distincte de celle
des africains. J’ai pu noter au Sénégal que lorsque les gens voyagent, ils doivent
ramener des cadeaux à toute la famille. Et la famille africaine est grande.
Pour les Africains, il est donc assez normal de laisser des cadeaux. De notre
côté, c’est assez problématique de donner des objets ou médicaments occidentaux.
Tout d’abord, il y a la relation noir/blanc qui nous rappelle le colonialisme
et qui nous fait remonter un sentiment de culpabilité. Puis un jouet occidental
donné à un enfant africain reste très décalé. Un jour, une petite fille Zuckaro
a joué avec moi. On se faisait des passes de ballon mais avec une tête de poupée.
Ou bien, je trouvais parfois un coussin Mickey dans une case très rudimentaire.
Imaginez le regard des Africains sur des objets pareils. Ils n’en ont aucune
utilité. N’ayant pas l’électricité, il leur était difficile de connaître Mickey !
Le développement de l’écotourisme dans le Sénégal oriental est
une preuve que le dialogue entre Occident et Afrique s’avère toujours confus.
Mais revenons au projet éthique qu’est l’écotourisme. Pour monter ce genre d’organisation
dans des pays en développement et qui plus est dans une région très marginalisée,
il est nécessaire de prendre en compte la situation socio-économique et culturelle
de la région étudiée. Les ONG ou partenaires privés font souvent abstraction
de cela. Pourtant une compréhension à la base de nos différences de vie serait
bénéfique pour la réussite du projet. Il est bien sûr manifeste que des freins
au développement persistent. L’analyse au niveau local serait de dire que la
non scolarisation et les valeurs culturelles ne faciliteront pas, bien au contraire,
une certaine évolution et in fine, un développement humain et économique
pour ces zones rurales.
Certains obstacles sont flagrants : la recherche de l’intérêt personnel, la
religion, la position de la femme dans la société, l’immigration clandestine,
les traditions ainsi que le faible taux de scolarisation des enfants sont autant
de facteurs qui freinent le développement d’un pays. A un moment donné, le projet
va stagner. La religion par exemple, n’est pas un frein direct au développement
touristique mais elle détermine tout de même la position de la femme. Et on
se rend compte que beaucoup de femmes ne travaillent pas car elles n’ont pas
vraiment le choix. Elles ne sont presque jamais allées à l’école ou doivent
obligatoirement rester à la maison. Pourtant, l’expérience m’a fait remarqué
que les femmes peuvent être beaucoup plus actives que les hommes et dans plusieurs
activités. Leur rôle n’est pas à négliger, bien au contraire.
Les résultats de ma recherche ont montré une dichotomie entre
ce qui est conceptualisé dans les textes et ce qui est concrétisé sur le terrain.
La situation de l’activité écotouristique dans la région de Tambacounda confirme
la complexité de mettre en place les valeurs prônées par l’écotourisme. Par
ailleurs, il sera difficile de transposer des idées de pays industrialisés dans
des pays en voie de développement.
Dans un monde où les bénéfices sont plus importants que l’éthique, il est difficile
de mettre en place des actions à caractère idéologique fort. Qui plus est, les
visions qui se confrontent Nord/Sud sont tellement divergentes que le développement
d’activités comme l’écotourisme en sera laborieux, que ce soit d’un côté comme
de l’autre. L’écotourisme, de par son caractère non consensuel, suscite des
réactions mitigées. En effet, l’écotourisme reste une activité assez floue.
Comment et à quel niveau l’écotourisme devrait-il être conceptualisé et concrétisé ?
La dépendance de ce dernier selon les différents angles d’analyse spécifiques
à chaque individu, société ou entreprise (économique, humain, mercatique, écologique…)
ne permet pas une union idéologique du sujet. Ce qui est plus sûr, c’est que
cette activité était en effet à la base considérée comme un produit de niche
sur le marché de l’offre et de la demande touristique. Selon certains auteurs
et penseurs du tourisme, le plus important des challenges environnementaux pour
les planificateurs et les managers du tourisme n’est pas de trouver un moyen
d’insérer un petit nombre de touristes conscients de l’environnement mais au
contraire de trouver des formes durables de tourisme de masse.
Différentes lectures et expériences m’ont fait prendre conscience
que non seulement la tendance touristique tendra vers un tourisme différent
même si le tourisme classique persistera, mais ce sera dans l’avenir une obligation
pour "challenger" la concurrence du marché. Pour certains écrivains,
l’écotourisme ne se limite pas à une nouvelle tendance ou un produit de marketing.
Il est le principal défi que doit relever le tourisme du troisième millénaire.
A ce moment là, quelle sera la crédibilité de ce tourisme de niche ? Il sera
susceptible à toutes les perversions que l’on retrouve dans le tourisme classique,
dit de masse. Et quels en seront les principaux acteurs ? C’est pourquoi, il
est important de garder en esprit que le développement du tourisme est le fruit
de l’émancipation du salariat dans les démocraties, le produit de la réduction
du temps de travail et de l’élévation du niveau de vie. Les pays en voie de
développement ne peuvent pas être caractérisés comme tels. Partant de ce constat,
les planificateurs internationaux, souvent issus de pays industrialisés espèrent
des résultats, qui finalement, ne correspondront pas à leurs attentes.
Il est donc légitime d’ouvrir le débat. Comment peut se développer une activité
de personnes riches au sein de populations démunies qui ne connaissent pas la
signification de la notion « vacance » ?
Le développement, sur ce principe, sera inévitablement décalé même si on tend
à rétablir les disparités.
Remarque: ce travail de Delphine Romano résulte d'une expérience de terrain et d'un mémoire de fin d'études de Master 2 en tourisme durable (Université de Corse).